1. Nous avons tous eu, ne serait-ce qu'une fois, l'occasion de visionner l'une de tes très nombreuses vidéos disponible sur l'Internet. Avec toutes ces rencontres, tous ces artistes avec lesquels tu as passé un peu de temps, pourquoi avoir choisi de travailler sur/avec le groupe OXBOW ? D'où vient l'initiative de ce documentaire ?
Marie: Alors pourquoi Oxbow? Avec Karine aka Françoise Massacre, journaliste pour Noise Magazine, on a bossé sur une interview de 45mn de Eugene Robinson et Niko Wenner en 2008, l'interview était divisée en 4 ou 5 parties je sais plus, l'album "Narcotic Story" m'a énormément touché, pour moi c'est un des albums les plus réussis de ces 10 dernières années et Oxbow un groupe trop peu connu. J'avais envie d'aller plus loin et plus loin que la simple bio, chercher plus l'essence de la création et l’intérieur du groupe, avoir un autre support qu'Internet. Oxbow parlaient de leur envie de réaliser un film autour de cet album, j'en ai pas les moyens mais je voulais essayer de créer quelque chose qui se rapproche esthétiquement du cinéma. Et puis avec le temps les liens se nouaient avec le groupe donc je leur ai proposé de les suivre sur la tournée anniversaire de leur 20 ans.
2. Tu t'es investie à bien des niveaux dans ce projet... Quelles ont été, selon toi, les difficultés majeures que tu as rencontré ? J'ai cette impression que plus le temps défile, plus ce genre de projet, pour être un tant soit peu viable (se rembourser est déjà un succès) demande une quantité de travail de plus en plus conséquente et, presque, invraisemblable...
Ouaip j'ai tout fait toute seule avec des coups de mains d'amis comme Eric Chancelier le maquetiste de Noise Magazine qui a checké mes fichiers photoshop et exécuté les PDF de façon à pas avoir de mauvaises surprises à l'imprimerie, Karine Larivet (Françoise Massacre) et Heitham Al Sayed (Fiend/Senser) qui m'ont aidés à la traduction et fait les corrections finales, Philippe Lafaye de Café Flesh qui m'a mis en place le shop internet parce que j'y connais rien du tout en HTML, Arnaud Gabach est venu filmer avec moi à Nantes et puis Kongfuzi m'ont ultra soutenu tout du long. Voilà sinon j'ai tout pris en main, même l'Artwork originellement c’était Sylvain Synckop qui devait le faire mais je sais pas pourquoi Oxbow ont refusé au dernier moment et ont voulu que ce soit moi qui le fasse. J'ai attendu un moment après Hydrahead aussi, Eugene me disait qu'ils le sortiraient après la sortie du prochain album d'Oxbow... au bout de 2 ans d'attente d'une date de sortie pour l'album j'ai craqué je me suis dit qu'il fallait le faire, que ce film ne pouvait pas rester dans un tiroir ou disparaître parce que mon ordi, je ne sais pourquoi, commençait à ne plus vouloir relier certains fichiers.
Difficultés? Bah déjà réussir à me dire que je pouvais faire tout ça toute seule et réussir à gagner confiance en moi. Difficultés financières surtout parce que ça fait des années que je ne vis plus que de mes vidéos donc autant dire que je vis de rien hahaha, j'ai attendu jusqu'au dernier moment un miracle mais j'ai du trouver l'argent toute seule, Oxbow ont finit par mettre en place un Kickstarter pour aider au financement et payer un ingé son pour rebooster le son du film et mixer le live à la Maroquinerie, ça m'a fait du bien de voir qu'ils s'investissaient vraiment dans ce projet finalement, jusque là ils me donnaient le feu vert à toutes les étapes mais ça m'a réconforté de les voir se bouger pour m'aider, j'avais besoin d'un soutien de leur part moralement ça aide .
Quantité de travail ? je compte même pas, je bosse encore là dessus finalement maintenant c'est pour la tournée de projection du film et on en est à se reprendre la tête financièrement pour represser des DVD parce qu'on en a plus suffisamment... on va perdre tout les bénéfices, je vais pas pouvoir me payer, c'est retour à la case départ mais voilà c'est pas tout de sortir un DVD faut tout gérer ensuite, maintenant je fais bookeuse et secrétaire j'ai plus de temps pour bosser sur mes autres projets et je vais donc bientôt à nouveau plus avoir d'argent pour les financer... Ouaip faut être motivé pour se lancer dans ce genre de choses, je pense qu'à FallingDown vous êtes bien au courant! J'aurais bien aimé sortir une jolie boite aussi c'était mon rêve premier mais bon ça va rester un rêve pour moi par contre pour le moment ;)
3. On peut voir sur ce documentaire à quel point tu as pu t'immiscer dans l'intimité du groupe... qu'en est-il ressorti pour toi ? Je fais notamment allusion à Eugène, qui est à bien des égards une personnalité comme il y en a/reste peu, lorsque tu le questionnes concernant le sens de ses tatouages, etc.
Je suis restée quand même à ma place , je les connaissais pas si bien que ça à l'époque et malgré les apparences ça me gène toujours de filmer l'intimité des gens. Ce que ça m'a apporté ? Un réconfort, faire parler des artistes de leur vision de la vie, leur travail, leur ressenti, de cette bataille constante pour s'exprimer, partager et communiquer leur vision de la vie aux gens, du fait que quoi qu'il arrive même si t'as bien compris que tu vas te galérer toute ta vie tu ne pourras jamais arrêter parce que c'est ta profonde raison d'être, tu te retrouves personnellement dans ce processus et ça te rassure ça fait du bien de savoir que tu n'es pas seul, je pense que ça doit toucher beaucoup d'autres personnes et c'est pour ça que je tenais à partager ce film.
Eugene? je ne peux pas dire que je peux complètement cerner le personnage, c'est complexe hahaha j'apprends au fur et à mesure que j'ai moins peur de l'approcher ;)
4. Vous allez parcourir la France afin de diffuser ce DVD... là encore, comment cette idée est apparue? Tu peux nous en dire un peu plus ?
J'ai pas eu d'idée de tournée du tout, Christophe de Kongfuzi, que j'aime beaucoup et qui me supporte depuis le début, m'a proposé de projeter mon film sur Paris et conseillé de le proposer ailleurs pour le faire connaître, je l'aurais certainement jamais fait parce que j'aime pas me mettre en avant, je suis pas à l'aise du tout et j'arrivais, et j'arrive toujours pas à imaginer mon film sur grand écran. D'autre part, ce DVD pour moi ce n'est pas juste mon film, je tiens énormément à ce DVD pour ce coté 360° autour d'un groupe, ces deux documentaires sur l’intérieur du groupe complètement différents sur la forme qui sont tellement complémentaires et le coté extérieur la vision public rendue par le live. J'ai du mal à en extraire que mon film, même si pour la première fois de ma vie je suis fière de mon travail: je peux pas dire que j'aime pas ce film juste que c'est difficile d'imaginer son travail mis en avant. Donc bref pour pleins de raisons je pense que j'aurais pas cherché à projeter ce film si Eugene n'avait pas cherché des dates en France pour la présenter son nouveau livre. J'ai pris le truc en main, je me suis dit que les littéraires devaient découvrir Oxbow et que les fans d'Oxbow devaient en apprendre plus sur Le Eugene écrivain, pour moi c'était évident il fallait élargir l'angle de vision et faire se mélanger les communautés artistiques, une ouverture pour la culture. Voilà donc je me suis retrouvée pendue au téléphone, à passer mes journées à envoyer des mails, à faire une fois de plus un boulot qui n'est pas du tout le mien, un gros gros coup de stress mais je suis super fière de moi et contente de cette expérience, vraiment depuis que je me suis lancée dans cette aventure de DVD je me dit qu'on peut tout faire dans la vie, suffit de s'en donner les moyens! Mais honnêtement je dois un énorme merci à Christophe une fois de plus, Kongfuzi n'a pas booké cette tournée mais m'a donné tout les contacts nécessaires, il m'a soutenu, il a supporté mes angoisses et mon stress, je suis mega reconnaissante. Maintenant que toute la tournée est bookée je suis pressée d'y être ça m'a permis de découvrir pleins de personnes impliquées dans cette culture et j'ai vraiment hâte de les rencontrer pour de vrai, ce sont de belles rencontres, de toute façon connaissant Christophe Kongfuzi ne pouvait me passer que des contacts de gens cool.
5. Je suis curieux d'avoir ton avis sur un autre documentaire, « Blood, Sweat + Vinyl: DIY in the 21st Century ». L'as-tu déjà visionné ? Si oui, que penses-tu du résultat, mais également de l'idée originelle ? C'est le genre de projet sur lequel tu aurais aimé travailler, en se focalisant sur le travail des labels ?
Ah oui, alors j'aurais bien aimé participer à un film comme Blood Sweat and Vinyl ! Je l'ai vu oui, j'ai été surprise parce que je m'attendais à un film sur le DIY et c'est principalement un film sur Neurot et Hydrahead, Constellation aussi, Isis et Neurosis surtout. Mais bon j'aime beaucoup ces labels, ces groupes, cette scène, le film est très bien filmé et réalisé et je suis très contente qu'il y ait un témoignage de tout ce boulot. On va se croiser à Toulouse et à Paris pendant la tournée, je crois que le réalisateur ne sera pas sur toutes les dates mais au moins sur Paris j'espère/j'aimerai bien le rencontrer et échanger les expériences.
Oui j'y ai pensé, me focaliser sur les labels, sur tout les gens derrière les groupes qui font que tout ça existe mais je connais pas perso ces gens, je suis quelqu'un de très timide même si je me soigne grave parce que j'ai pas le choix du coup j'avance avec les gens que je connais, avec qui je me sens à l'aise et donc avec qui je peux bosser sans stress. Et puis avant de me lancer dans un projet avec quelqu'un je veux être sûr de connaitre la personne, ça m'arrive de rencontrer des gens dont j'admire le boulot et d'être super déçue par les personnes en tant qu'être humain alors dans ce cas j'apprécierais toujours leur travail parce qu'il faut savoir faire une distinction mais j'irais pas jusqu'à développer un documentaire sur eux. Heureusement c'est rare mais ça arrive.
6. Avec le recul que tu commences à avoir sur ce projet, te sens-tu prête à te relancer à nouveau dans ce type d'activité ? Il y a des « erreurs », ou tout du moins des regrets, que tu souhaiterais ne pas reproduire dans un avenir proche ?
Ha oui je refais ça avec plaisir dès que possible, c'est bien pour ça que j'ai monté mon association ! Je sais pas si ça sera plus facile le prochain coup mais j'ai appris plein de choses, surtout à me calmer et pas prendre tout à cœur tout le temps (même si c'est toujours pas super au point), mais j'ai encore pleins de choses à apprendre, j'apprends un peu tout les jours et c'est motivant ! Je vais m'équiper en matos son pour arrêter d'emprunter et pouvoir être complètement autonome, j'attendrais plus derrière quelqu'un pour financer mon projet, et surtout ce coup ci même si des gens impliqués dans l'industrie du disque ou le groupe lui même me dise encore de presser le minimum de DVD possible je les écouterais pas, histoire de pas perdre le peu de bénéfices en repressage... c'est ma dernière leçon en date là... obligée de represser au bout de 3 mois c'est vraiment super idiot. J'ai aucun regret à part cette histoire de stock ridicule de DVD. C'est une belle expérience, je reçois des lettres de partout en Europe tellement touchantes que rien que pour ça je crois que même si j'avais perdu de l'argent je serais encore heureuse de m'être lancée dans ce projet. Et ma plus grande satisfaction c'est les gens qui m'écrivent qu'ils ne connaissaient pas Oxbow et avaient achetés le DVD pour me soutenir et que maintenant ils s'étaient procurés toute la discographie et l'avait fait partager à des amis, qu'ils en étaient sortis fan du groupe... Je ne peux pas rêver mieux, j'ai réussi ce que je voulais, je vais pas forcément y arriver une autre fois mais c'est motivant en tout cas.
Ha oui je refais ça avec plaisir dès que possible, c'est bien pour ça que j'ai monté mon association ! Je sais pas si ça sera plus facile le prochain coup mais j'ai appris plein de choses, surtout à me calmer et pas prendre tout à cœur tout le temps (même si c'est toujours pas super au point), mais j'ai encore pleins de choses à apprendre, j'apprends un peu tout les jours et c'est motivant ! Je vais m'équiper en matos son pour arrêter d'emprunter et pouvoir être complètement autonome, j'attendrais plus derrière quelqu'un pour financer mon projet, et surtout ce coup ci même si des gens impliqués dans l'industrie du disque ou le groupe lui même me dise encore de presser le minimum de DVD possible je les écouterais pas, histoire de pas perdre le peu de bénéfices en repressage... c'est ma dernière leçon en date là... obligée de represser au bout de 3 mois c'est vraiment super idiot. J'ai aucun regret à part cette histoire de stock ridicule de DVD. C'est une belle expérience, je reçois des lettres de partout en Europe tellement touchantes que rien que pour ça je crois que même si j'avais perdu de l'argent je serais encore heureuse de m'être lancée dans ce projet. Et ma plus grande satisfaction c'est les gens qui m'écrivent qu'ils ne connaissaient pas Oxbow et avaient achetés le DVD pour me soutenir et que maintenant ils s'étaient procurés toute la discographie et l'avait fait partager à des amis, qu'ils en étaient sortis fan du groupe... Je ne peux pas rêver mieux, j'ai réussi ce que je voulais, je vais pas forcément y arriver une autre fois mais c'est motivant en tout cas.
7. De manière plus générale, ressens-tu ce phénomène de... « geekisation » des musiques extrêmes ? J'entends par là, cette dépendance vis-à-vis de l'Internet, et notamment de ces réseaux sociaux. Il me semble que, il y a encore peu, la musique (sa diffusion et sa promotion, principalement) était certes moins ambitieuse, mais plus « réel », en quelque sorte. Pour exemple, ne trouves-tu pas curieux, si ce n'est absurde, que des groupes partent en tournée je ne sais où, avec seulement quelques répètes au compteur et un EP enregistré dans le home-studio du salon en poche ?
Maintenant on a accès à tout, un groupe peut effectivement faire son album et son clip à la maison et pour pas un centime. Tout le monde peut se dire artiste. C'est quelque part génial, c'est aussi ce qui m'a permis de faire tout ce que j'ai fait, mais évidemment le coté pervers c'est que tout le monde s'affiche partout et se prends pour une star donc on ne repère personne. Personnellement ça me dérange pas, tant que ça vient pas noyer les infos que je recherche ou détruire mes tympans, qu'il y ait des faux groupes un peu partout j'aurais tendance à penser très bien qu'ils s'amusent tant que leur ego vient pas déborder sur mon espace vital. Je pense que finalement le tri se fait de lui même avec le temps et j'ai une bonne capacité à zapper complètement les choses qui ne m'intéressent pas. Quand à la notion de DIY maintenant je sais plus trop. On vit surtout dans un joyeux bordel ou tout le monde veut se mettre en avant à tout prix et en à toutes les possibilités mais on oublie quelque peu l'essence même de la création et la raison pour laquelle on crée. Il y a un besoin de partager avec l'autre une vision, un esprit, un besoin de se battre pour une façon de penser, c'est pas juste un moyen de se mettre en avant, il faut avoir quelque chose à dire et prendre le temps de développer son Art.
8. Question liée à la précédente, mais as-tu l'impression que les « modes » musicales défilent de plus en plus à un rythme effarant ? Pendant quelques mois, nous écoutions tous du screamo, puis du « post-core/rock/metal », puis ce renouveau psychédélique, puis du black atmosphérique, mais également ceux qui le mélange à des réminiscences plus hardcore, etc., etc. Cette émulation, liée au fait qu'on soit tous connectés les uns des autres, ne ferait pas qu'on se lasse mutuellement de revoir, encore et encore, et encore encore, les mêmes noms qui «buzzent»?
Alors honnêtement j'ai lâché la course, si jamais je l'ai déjà suivie, j'arrive pas à m'arrêter sur quelque chose en ce moment déjà que j'ai jamais réussie à fonctionner par mouvement là même si je voulais j'y arriverais pas. Tout va trop vite, on n'a pas le temps de s'arrêter, de chercher à comprendre, on prend tout en bloc on fait une overdose on balance tout et on repart sur autre chose. Là, j'ai un peu fermé la porte ces derniers temps et j'en suis pas super heureuse parce que j'ai toujours besoin de découvrir mais je me retrouvais avec des tonnes de disques que j'arrivais même pas à écouter vraiment. Trop de choses et rien qui en ressorte vraiment ou alors si 2/3 groupes, ceux que t'écoutes en boucle jusqu' à ce que tu te lasses. Ça va avec ce que j'essayais de dire au dessus, je suis pas super douée pour exprimer mes sentiments, c'est bien pour ça que je dessine ou que je filme donc j'espère que ce que je raconte est compréhensible, donc oui il faut prendre le temps, réfléchir et digérer les choses ou on va finir par plus pouvoir rien avaler ou plus savoir apprécier. J'ai l'impression de parler comme une vieille hahahaha.
Bon après c'est mon ressenti perso et j'ai jamais réussi à suivre quoi que ce soit enfin du moins depuis que j'ai dépassé les 12 ans donc je suis pas forcément la personne la mieux placée pour en parler. Quoi qu'il arrive, les modes ont toujours existé et ne sont pas faites pour durer, on n'est pas obligés de les suivre, qu'on écoute du screamo ou du Black de toute façon on fait vivre notre culture et notre façon de penser, faudrait juste qu'on arrive à en faire ressortir quelque chose de solide et d'intéressant.







