KICKBACK

Et le Diable rit avec nous (2011)




Ayant ainsi à tenir compte de lecteurs très et peu attentifs, et diversement influents, je ne peux évidemment parler en toute liberté. Je dois surtout prendre garde à ne pas trop instruire n'importe qui. Le malheur des temps m'obligera donc à écrire, encore une fois, d'une façon nouvelle. Certains éléments seront volontairement omis; et le plan devra rester assez peu clair. On pourra y rencontrer, comme la signature même de l'époque, quelques leurres.


L'obscénité est la béquille des esprits faibles.

Voici ce que j'ai pu remarquer: ça nous en a traumatisé plus d'un ce « This is for us, this is not for you ». Ça a même dérapé, à coup de clavier interconnecté, chacun criant son appartenance à coup de smileys, à coup de recours juvénile à la phonétisation où ne reluisait pas toujours le bon goût. Les gars voulaient s'entre-étrangler avec les fils de leur souris. Un véritable débat sociétal sur l'appartenance à la nation Kickback. Et, comme pour se légitimer d'en être un, le recours à l'insulte à leur égard, à l'égard du groupe, pour évoquer semble-t-il une certaine familiarité, s'est rapidement imposé : « nous sommes amis, c'est mes petites putes à moi. Enfin, pas directement : mais je connais un mec qui les connait. Mais bien sûr mon gars, qu'est-ce que tu crois ? Ce poster au-dessus de mon lit, c'est pour quoi ? C'est les trois dingos détraqués fous à lier les plus fous que j'ai jamais vu. Je like leurs news depuis près de trois ans vieux, j'ai même aperçu ces connards dans une salle de concert parisienne. Mais ouais putain, pour de vrai, crois moi. Enfin.. je crois que c'était eux : j'ai vu une équipe de trois Monsieur Propre sappée en North Face, dont le plus grand à ce regard toxique du mec qui se projette constamment une scène de viol. Ouais, constamment... ce pauvre vieux a le cerveau complétement ruiné par le crack. La haine. Ou pire, peut-être : un agresseur de poulets. Ce sont les pires, à ce qu'on dit. Ils t'attrapent un poulet vivant, lui coincent le cou sous la lunette des chiottes, et allons-y c'est la fête, y a rien de mieux qu'y disent. Putain. Une fois on l'a amené en colonie verte, histoire qu'il puisse voir autre chose que du béton dans sa vie. Pendant que ses petits camarades goûtaient sous l'ombre clairsemée de cette foret, bouffaient des tartines, lui, et son vas-y que je pisse dans le lavabo lorsque j'suis invité chez des amis, il marche jusqu'à une fourmilière, y donne quelques petits coups de pied avec ses Air Max pour en faire sortir une poignée d'insectes ensommeillées. Puis baisse sa braguette et leur pisse à la gueule. « Allez, les filles, c'est ma tournée ! ». Un véritable frappadingue certifié, sorti tout droit du fond du nid de coucou. »

NOTHING IS TRUE, EVERYTHING IS PERMITTED

Je me permets donc de contribuer, modestement, à cette entreprise. Et par exemple en rappelant que le plus tout jeune Stephen, gonfalonier de la provocation moderne, n'a pas baisé que de la petite Thaïlandaise anorexique de 15 ans dans sa vie. Il y a eu un avant. Un avant le succès « No Surrender », et le cash qu'a suivit. Ce poète de la langue française, cet extrémiste du bescherelle, quoi!, s'est tapé du lourd aussi. Il m'avait parlé de cette ménagère analphabète avec cet excès pondéral, comme on dit de nos jours, rendant difficile la stabilisation d'une interface de connexion charnelle opératoire. Sa surcharge en graisse était si importante que le frêle Bessac (dis moi, d'ailleurs, Patrice est de ta famille ? Un porte-parole du PCF.. faudrait pas que ça s'ébruite cette affaire), à tâtons dans le noir, peinait à trouver un orifice. Un orifice quelconque. Il lui arrivait de trouver trop de pseudo-vagins, d'en élire un, pour finir par se rendre compte en redescendant du climax de son éreintant labeur qu'il avait fait l'amour à quelque repli cutané accidentel et temporaire du bas abdomen. Cette salope ne le guidait pas.

Je me rappelle également de cette conversation autour de ce fabuleux velouté de soupe au soja et à la citronnelle, parfait pour avoir un ton radieux. Nous refaisions une fois de plus le monde: animé par son discours malthusien saupoudré d'un zeste de darwinisme social, son « Oui, moi je suis une bite. C'est ça. Je suis une misérable bite.", il me faisait part, à sa manière, de sa réticence envers l'État Providence :
- Tu sais comment ça marche, de nos jours. Si t'es pas une femme ou un bronzé...
- On ne dit pas « bronzés » Stephen, le corrige-je. On dit « gens de couleur ».
- Ah ? Quelle différence ça fait ? 
- « Bronzés », c'est raciste. 
- Pardon. Gens de couleur, c'est ce que je voulais dire. Bien sûr. Nos frères et sœurs à l'épiderme plus mat, plus sombre, si tu veux. Ça va comme ça ? 
- Mon pote, tu cherches les emmerdes. 
- Pardon.   
Continue. 
- Ouais, donc si t'es pas un homo ou un juif ou mieux encore, une lesbienne haïtienne clandestine en chaise roulante intellectuellement défavorisée, t'as plus aucune chance de faire une belle carrière professionnelle... Putain d'assistanat. Où est le justice en ce bas monde ? 
- Nulle part. Et c'est pire encore dans le prochain. Mais pour commencer, il faut que tu arrêtes de boire autant. Tu vas te choper des calculs rénaux, des problèmes de foie, une pancréatite, voir même des avarices. Joue pas au con. Tu t'en rends bien compte, les années passent. Ça craque un peu, à présent. La position accroupie te réussit moins bien que par le passé. Rotules un brin grippées ? Fémurs noués ? Vertèbres plus aussi souples qu'elles le devraient ? Faut que t'apprennes à prendre soin de toi vieux...
 

Etc. Etc. Il est comme ça Stef, on va pas le refaire à son âge. Et Pascal ? Ah... Pascal, c'est un autre monde. C'est autre chose. Un humaniste, abattu, sur les cimes du désespoir. Dégoûté par tout ce bordel ambiant. Un chic type. Il se lamente sur les masses comprimées qui endurent leur vie embourbée dans un marais de smog, de violences, de drogues, de patrouilles de police, d'embouteillages, de maladies, de greffes de cœur, de greffes de sphincters, de bébés à deux têtes, de prématurés hydrocéphales, de conflits incessants, de haine bouillonnante, de taux d'irascibilité en inflation, pour jouir des plaisirs de la Croissance, de la Prospérité et du Progrès.
Ça lui fait de la peine tout ça, pauvre vieux. Il est bien porté sur la chose aussi, ça lui plaît ça, il s'évade comme ça. Jamais bien loin des putes, comme il se plait à dire. Mais il a bon fond. Il se questionne, c'est tout. Une fois, il me l'a avoué : « Faut croire que j'suis qu'un foutu vieux pervers, je l'ai toujours été, je le serai toujours et qu'est-ce que j'y peux bon sang ! À part me nouer un gros élastique dur autour des couilles jusqu'à ce que ces bons vieux bijoux de famille noircissent et se dessèchent et tombent comme un kumquat pourri? Et si ça suffit pas, m'enfiler le dard dans un moulin à saucisson et m'en raboter quelques centimètres ? ». Arrête, te fais pas autant de mouron : ça passera bien un jour.

FUCK FRIENDS, WE NEED ENEMIES

Et le Diable rit avec nous. Étant donné la profondeur artistique exacerbée de l'emballage, nous ne nous étonnerons sans doute pas d'apprendre que c'est encore le groupe qui est à l'origine de cette pochette. Un coup de génie cette idée de tête de mort. Le logo du groupe dessiné avec Paint, et je lançai la production massive de sérigraphie à mes propres frais.

Je n'entreprendrai pas de raconter par le menu les autres nombreuses aventures de nos amis communs: les plus gros formats n'y suffiraient pas. Et puis, il me revient à l'esprit qu'à l'époque de la parution de mon article sur No Surrender, je m'étais attiré les foudres de quelques illettrés arborant la carte de membre du fan-club KKK, ceux que je surclasse d'au moins 40 points sur l'échelle de QI de Stanford et Binet (Hin ? C ki ceu la?!??), bien décidés à protéger les éventuels affronts adressés à l'encontre de leurs idoles, comme si ces derniers n'étaient pas en mesure de riposter. Une véritable garde rapprochée, bordel, presque 5000 amis. D'abord ahuris, ils répliquèrent par une allocution d'une extrême vivacité, où le terme de connard revenait avec une fréquence regrettable. Tout un monde de terreurs et de doutes tournoya sous mon crâne (un enfant, inspiré par la lecture de sa mère avant que cette dernière lui dise de mettre la table ?, était même allé jusqu'à me qualifier de « lecteur de Télérama »... pauvre chou, si tu savais), à cette époque, la muse de la Prose n'avait que légèrement effleuré, du bout de son aile, mon front d'Ange. La musique donc, rien que la musique mon petit gars.

Les héros, c'est du pipeau. Du gros pipeau de big-band de mes couilles. Okay. Mais l'estime que je porte à ce No Surrender n'a pas faiblit : toute période et tout style confondu, je le place dans le peloton de tête. Dans le Top 5, ouais. Tellement incroyable que les remerciements ne seront pas de trop. Quelques uns également pour ne pas avoir laissé filer dix piges pour nous sortir un nouveau skeud. J'ai décidé d'arrêter d'écrire pour l'Internet il y a plus d'un an et demi (quelque chose s'est perdu, tu m'étonnes !, et on y a vraiment tous perdu au change : geekisation des musiques extrêmes. Messieurs, cassez-vous de ces conneries : vous êtes l'un des rares groupes qui suscitent assez d'intérêt sans poster des trailers de trailer de clip-vidéo ou la photo du catering) et pourtant, je fais l'exception pour celui-ci : trop de tentation. Tellement attendu. Sur ce créneau, ils continuent toujours d'écraser la concurrence, mais par rapport au dernier, ce « Et le Diable rit avec nous » m'apparait néanmoins en deçà niveau intensité. Des pics de violence, des sommets de malignité, mais également quelques creux, trop portés sur le côté grandiloquent-décadent allah Diapsiquir. Et puis, les deux reprises mise de côté, terriblement trop court. Mais je prends, plutôt deux fois qu'une. Le recul sur cet album pourrait bien modifier un peu la donne. Il est déjà bien parti pour tourner une chiée de fois dans les écouteurs. Respect.




CHRONIQUE: 


.caedes


5 commentaires:

solhiam a dit…

Une des rares chroniques que j'ai lu en entier!
Super album, aussi fou que No surrender, Kickback se bonifie vraiment avec l'age! Pour moi, ils ont tapé aussi fort.

Sobermind a dit…

Franchement pas terrible, Kickback et Damien découvrent le Holy Terror, s'y essaye, mais sans grand succès.
Plaira aux néophytes et hipsters.
Depuis les 150 passions meurtrières il se passe plus rien avec ce groupe. RIP Kickback

Anonyme a dit…

OK je debarque sur le site mais c'est quoi cette chronique ? ya que les dernieres lignes qui parlent de l'album vite fait. Je comprend pas l'interet, vraiment

Anonyme a dit…

Chro en parfaite adéquation avec le groupe et sa musique. Y en a marre du politiquement correct. "No surrender", "Et le diable rit avec nous" et "Les 150 passions meurtrières": trois pierres angulaires de la discographie de Kckbck...

Anonyme a dit…

Traînant dans la fnac, misérablement. Petit tour au rayon metal. Là, cette pochette. Simpliste au possible. Le premier titre, Sorption, qui te déboîte les oreilles. Ce titre qui te rappelle le bon vieux The ARRS. "Et le Diable Rit Avec Nous". Comparable à The ARRS, si on y réfléchit bien, si on écoute bien. Les hurlements, les paroles vénéneuses et sombres. Non. Un bon album, qui peut passer devant pas mal d'autres d'ici la fin du mois. Première bonne surprise de l'année ! (Non, je ne connaissais pas Kickback avant ce jour !)

Enregistrer un commentaire