Voici ce que j’ai pensé: aucun de nos voyages, à nous, contemporains de cette époque où la peur généralisée ne peut plus se dissimuler, où elles se lient sur tous les visages (celui qui observe en marchant dans les rues verra, je crois, les visages les plus gais dans les voitures de deuil), ne seront un jour une de ces arides expéditions repliée sur elle-même où l‘être factice qui siège au fin fond de nous pourrait être bouleversé, pas plus qu’une véritable expédition au sens noble du terme, celle de la découverte. Désormais l’homme n’est plus nécessaire pour explorer. Il y a le grand œil de la technique qui voit tout et veille à toute chose. Des miettes, oui. Seule y échappe encore l’âme humaine de quelques affamés. Et puis quoi? Et puis rien. Annoncer la fin n’a plus lieu d‘être, prédire la descente finale serait risible, s’inquiéter sur les conséquences est devenu absurde. C’est admis. Et puis quoi? Et puis rien. Les derniers voyages ont lieu scotché au fond d’un lit, allongé en haut d’une montagne un soir d‘été étoilé aux abords d‘un chalet isolé pour jouer avec les diapos du ciel, au bord d’un lac calme où la brise vous amuse et vous replonge dans une enfance oubliée… peu importe. Les derniers voyages sont au niveau de la conscience. Et, à chaque fois, et même aux autres, des notes accompagnent, éveillent ce qui reste à éveiller.
Voici ce que j’ai encore pensé: dès la première écoute de ce « Good good Desperation », j’ai été transporté à une époque où le Day-Glo, la peinture qui rend fluorescent en plein jour, se retrouvait sur tous les visages, à une époque où il arrivait de porter des jours et des jours de suite un costume d’aviateur, l’endroit importait peu, on s’envolait ensemble… on s’affrétait mutuellement des avions, à une époque où la friteuse cérébrale bouillonnait encore de milles feux, comme l’éclat des yeux qui montait à plus de 300 watts, à une époque où l‘avenir était mieux que le notre, pour ainsi dire… à une époque où l’on pouvait se mettre mutuellement des doigts dans le cul sans qu’il n’y ait rien de choquant, tout en dégustant une délicieuse et succulente pomme d‘amour rouge sang allongé nu sur une paradisiaque plage de sable fin… où la plage horaire accordée par votre aimable manager pour profiter du soleil, de la Tour Eiffel, des émissions de CO2, des klaxons stridents affolants vos sens saturés et des désertiques et réputées et sauvages et estivales plages de la Seine n’existaient malheureusement pas encore.
Et dès les écoutes qui ont suivies, je me suis abandonné aux ondes positives émises par Hopewell. J’ai oublié éphémèrement l’élite des Cartes de Crédit qui fait le plein pour leur 4x4, après avoir appris durant le trajet via une émission radiophonique qu’une étude scientifique affirmait que l'empreinte carbone d'un gros chien serait supérieure à celle de leur véhicule, sur une de ces aires d’autoroutes futuristes alimentée par un parc d’éoliennes à l’énergie renouvelable et propre et rassurante embellissant le paysage de notre douce France où des haut-parleurs crachent un morceau de Piaf (« Nan, rien de rien… nan, je ne regrette rien! ») et se dégourdit les jambes et se décollent les caleçons d’une grande marque vestimentaire des replis vieillissants et cireux de leur scrotum avant de tapoter quelques milles et une choses ô combien importantes sur leur appareil portatif afin d’engranger plus et même encore plus par je ne sais quelle démoniaque entreprise. Des pommes de pain dans la chatte, voilà tout. Et je me suis encore forcé à oublier… pour voyager scotché au fond de mon lit au point d‘en omettre que cet album avait été composé en 2009. À son écoute, j’en arriverai presque à faire l’amour avec mon prochain et ma prochaine… sans même de compensation pécuniaire. Mais où avais-je la tête? Je dévie… ressaisis-toi mon grand: d’ailleurs, où est-ce que cette pute de femme de ménage analphabète a-t-elle bien pu ranger mes LP d’Arkhon Infaustus? On a frôlé la putain de catastrophe: saloperie d‘hippies.
.sialla


0 commentaires:
Enregistrer un commentaire