Un enfant me crache au visage: je l’ai dévisagé alors qu‘il jouait avec son portable. Et j’éclate d’un rire cosmique, visiblement il ne sait pas à qui il a affaire. Il est temps de lui crever un autre trou du cul, à ce petit connard de mioche. Et sa mère rapplique: la matrone en veut maintenant à mes couilles, mes couilles bien-aimées. Je pars en courant. Et quelques minutes plus tard, essoufflé, je m’assois là, sur ce banc public. Je m’abas de tout mon haut et ouvre la fermeture éclair pour donner de l’air frais à mes couilles en sueur. Et voici ce que j’ai pensé.
Maintenant que les enfants regardent du porno (où une femme avale le sperme d’une dizaine de mâles, d‘une seule traite… pour ainsi dire) durant la récréation de 10h, appareil portatif équipé de la technologie 3G dans une main, barre chocolatée dans l’autre pour tenir bon jusqu‘au déjeuner, juste avant l‘heure hebdomadaire d‘éducation civique (aujourd’hui, le chapitre portera sur la parité républicaine entre homme et femme: sortez vos livres!); maintenant qu’ils ont vu le soir à table, juste après le journal du 20h qui annonçait que la France rejetait autant de CO2 qu'en 1990 malgré tous les efforts annoncés, une publicité où une femme défenestre son mari pour vanter les mérites d’une… cuisine équipée; maintenant qu’ils ont appris que, finalement, l’amitié avait un prix, et que déjà aux Etats-Unis le site internet uSocial.net propose de vendre des "amis" Facebook, avec notamment cet intéressant pack de 1 000 potes à 197 dollars (153 euros); maintenant qu’ils ont grandi dans l’air du tout numérique où ils ne construisent plus des cabanes dans les arbres pendant leurs week-ends, mais des villes entières colonisatrices, taux de criminalité et système des retraites à gérer inclus, sur un de ces logiciels de simulation bien plus réaliste que ce qu‘il pourrait voir de leur fenêtre; maintenant qu’il vous explique qu’il a rencontré une charmante jeune fille sur l’Internet et qu’il va essayer de la rencontrer en vrai pour vivre une véritable histoire d’amour car il est convaincu que c‘est la femme de sa vie, la lecture des adjectifs sur son profil ne trompe pas (et vous apprenez a posteriori que, en effet, il l’a perdu, son pucelage, et que la charmante jeune fille s’appelait Robert, 54 ans); et maintenant… maintenant je n’arrive plus à me relever de ce foutu banc.
La remarque de J.S frappe ma boîte crânienne comme une bille de flipper, avec la même ferveur qu’une invasion de Huns violeurs de nouveaux-nés: la véritable question n’est plus de savoir quel monde laisseront nous à nos enfants, mais bien à quels enfants laisseront nous notre Terre. Et je me rappelle soudainement les nouvelles de ce matin, que l’on vous offre gracieusement à la sortie du métro, sans que vous n’ayez rien besoin de demander, rien, et je me rappelle qu’en une seule journée, avec l’annonce d’un nouveau "continent de plastique" découvert dans l'Atlantique s'étendant entre le 22ème et 38ème degrés de latitude nord, l’annonce d’un rappel massif d'un demi-milliard d'oeufs (soit 500 000 000 œufs, si vous préférez) potentiellement contaminés aux salmonelles aux Etats-Unis sans qu‘on ne sache pourquoi si l‘on en croit la directrice de la FDA, l'agence américaine de régulation du médicament et de l'alimentation, qui avoue ne pas savoir « exactement comment cette contamination s'est introduite chez les poulets, dans les œufs », l’annonce d’une étude pointant des modifications de l'ADN chez les nettoyeurs du naufrage du « Prestige » (les lymphocytes seraient susceptibles d'entraîner un "risque accru de cancer", voyez-vous), l’annonce qu’au Bangladesh une mort sur cinq est due à l'arsenic et ses 4,8 millions de puits contaminés (4 800 000 puits contaminés) où la population puise ses besoins en eau vital (mais qui pourrait situer ce pays sur un planisphère? Sans Google Map.), etc., etc., et voici donc que l’on m’informe, et même si une seule de ces rubriques d’un quart de page positionnée en face d’une publicité vous incitant, à vous!, de ne pas faire le con!, d’acheter un véhicule écologique qui ne rejette que quelques grammes de C02 pour sauver la planète, si un seul de ces faits-divers aurait frappé, littéralement, d’une crise cardiaque votre arrière grand-père, celui qui avait entendu parler du moteur à explosion sans jamais le voir, ce dinosaure d’un autre monde, voici que l’on m’informe le plus simplement du monde de l’actualité de ce matin sans lendemain, celle qui se répètera sans honte sous une autre forme d‘ici quelques heures, avec le flux constant d‘informations parcourant les continents sans jamais prendre le temps de se reposer. Et voici ce que j’ai finalement pensé: ce gosse n’est pas plus con qu’un autre, il a juste intérioriser l’effroyable constat de la réalité de manière un peu plus précoce, il a juste compris l’indicible sentiment de mal à l’aise qu’il ressent dès qu’il ouvre ses paupières le matin en se réveillant, celle de l‘arrivée de la terne mort triomphante.
.sialla
CHRONIQUES:
GNAW THEIR TONGUES - ALL THE DREAD MAGNIFICENCE OF PERVERSITY (2009)
GNAW THEIR TONGUES - FOR ALL SLAVES... A SONG OF FALSE HOPE
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INTERVIEW:


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