Hello les mecs! Alors si je me réfère à mon plan d’interview type, je suis censé commencer en vous demandant une présentation du groupe… mais on va être insensé pour une fois, encore. Je propose plutôt que l’on commence avec quelques anecdotes qui m’ont interpellé quand j’ai écrit la biographie du groupe, histoire de se mettre en jambe tranquillement… J’ai par exemple appris que votre album «Bastardiser» faisait l’objet d’une question dans la version helvète du Trivial Pursuit! Vous pouvez nous en dire plus à ce sujet? Quelle est cette fameuse question? Les mecs de Mastodon avaient déclaré qu’un groupe était VRAIMENT connu une fois qu’un de ses morceaux figurait sur le jeu vidéo Guitar Hero… Qu’en est-il pour le Trivial Pursuit? L’aboutissement d’une carrière?
Roderic: L'histoire du Trivial Pursuit est authentique. Il y a une dizaine d’années, un pote nous raconte avoir tiré cette question lors d'une soirée passée à jouer. Impossible de savoir comment on est arrivés là. Sans doute qu'il y un fan de hard parmi les rédacteurs des questions. Je vais tâcher de retrouver le carton et t’en fournir un scan.
Autre anecdote, plus dans le registre «comico-absurde» cette fois-ci, c’est cette histoire d’ourson blanc affectueusement prénommé «Knut». J’ai lu dans un journal que cette histoire ne vous avait fait rire qu’à moitié, au début, puisque le zoo de Berlin voulait déposer la marque «Knut». Quel regard portez-vous sur cet événement avec le recul? Avez-vous, à un moment donné, été vraiment inquiet avec cette histoire?
Là c’est le grand n’importe quoi… Déjà que notre nom de groupe reste incompris par 90% des gens (non ce n’est pas le prénom nordique, non ce n’est pas la fête chez Ikea), cette histoire berlinoise n’a rien arrangé. Au départ ça nous a fait marrer car il ne se passait pas un jour sans que le mot Knut fasse les gros titres et manchettes des journaux. Avec des associations d’idées passablement absurdes. Ensuite quand on a entendu que le zoo de Berlin allait déposer le nom comme une marque, on a eu un moment de flip (il existe un groupe à Genève, Sinner dc, qui avait dû modifier son nom à cause d’un obscur combo allemand je crois). Renseignement pris, ce genre de démarche n’a pas d’incidence s’il n’y a aucun rapport entre les deux objets. Le zoo voulait empêcher l’exploitation commerciale de l’ours (produits dérivés) et il avait sûrement raison. Tout ça nous a valu quelques articles amusants dans des journaux, notamment un quotidien australien qui nous a contacté pour une interview à ce sujet.
On continue, larme à l’œil, avec les anecdotes qui ont ponctué votre carrière… mais de manière plus sérieuse cette fois-ci. En 1999, j’ai appris que, suite à «Bastardiser», Relapse vous avait proposé de grossir son écurie. Quel regard portez-vous, à nouveau, sur cette proposition et votre choix? Qu’est-ce qui vous a poussé à l’époque à signer sur Hydrahead et non pas sur Relapse, qui compte/comptait tout de même dans ses rangs des monstres indétrônables (Neurosis, Nasum, DEP, Today is The Day, Buried Inside, et… un certain Mumakil à présent!)?
Relapse s’était effectivement montré intéressé, mais pas encore au point de signer. Disons qu’ils étaient en phase d’approche et que le numéro 2 ou 3 du label était motivé (c’est lui qui nous avait contactés) mais apparemment le boss suprême l'était un peu moins. On était évidemment sur le cul, mais comme on discutait en même temps avec Hydra Head – ça fait partie de ces moments où tout te tombe dessus en même temps – il n’y a jamais eu de dilemme. Relapse sortait de très bons trucs à cette époque mais Hydra Head correspondait plus à ce qu’on aimait chez un label – cohérence, esthétique, dimensions du label, manière de considérer les groupes et de traiter avec eux. Relapse aurait été un choix opportuniste alors qu’avec Hydra Head on se sent vraiment chez nous. On aime à peu près tout ce qu’ils sortent et ce sont devenus des amis, ce qui est loin d'être le cas avec d'autres labels et leurs groupes.
Continuons cette interview avec les labels, et particulièrement Hydrahead… On a appris il y a quelques temps que Pelican (groupe que vous connaissez bien et qui, d’ailleurs, pour la (nouvelle) petite anecdote, m’avait confié pendant la réalisation de la compil’ Falling Down que Knut était l’une des influences majeures du combo) quittait le label Hydrahead. Vous comprenez ce choix? Ce départ m’amène à la question suivante: comment percevez-vous l’évolution de ce/votre label? Convient-il, encore et toujours, à vos attentes et à la musique de Knut?
Pelican quittent HH et on figure parmi leurs influences? Tu m’apprends des choses. J’ai de la peine à distinguer des similitudes entre nos groupes mais pourquoi pas, je sais qu'on a des influences communes au départ. Ce sont des gens adorables même si musicalement ce n’est pas le groupe de chez HH que je préfère. Je me rappelle ce concert au Fireside Bowl de Chicago lors de notre tournée avec Isis où ils ont apparemment passé leur démo à Aaron pour être signés. Leur concert avait été assez marquant dans un style Godflesh meets sludge bien gras. Un des rares groupes avec Keelhaul et Thrones qu’on ait retenu de cette tournée. Pour répondre à ta question, sachant qu’ils sont une des meilleures ventes du label et qu’ils reçoivent sans doute plein d’offres intéressantes, je peux comprendre qu’ils aient envie de tenter quelque chose de nouveau. Sauf si c’est pour signer chez une major et revenir la queue entre les jambes comme Cave In...
Isis et Knut c’est un peu… une longue histoire d’amour. Il y a déjà eu cette tournée US en 2001. L’un des moments majeurs de votre carrière? Vous aviez entre autre joué au CBGB de New York… quel(s) souvenir(s) gardez-vous de ce périple américain? L’idée de retraverser l’Atlantique, pour le nouvel album par exemple, vous trotte-elle dans la tête?
Cette tournée remonte déjà à loin. On ne peut qu'être reconnaissant à Aaron et HH de nous avoir embarqué trois semaines sur la route avant même que «Challenger» ne soit sorti (à l'époque ils avaient juste réédité «Bastardiser» et sorti un CD 4 titres pour l'occasion). Sur place on avait tout, le matos, le van avec chauffeur, le public d’Isis. Quelques images incroyables comme ce centre social à Des Moines (la ville de Slipknot), Salt Lake City la capitale des mormons avec son centre autonome où on n’a pas pu jouer parce qu’ils venaient d’être attaqués par des kids chrétiens straight-edge ultras (un mec se trouvait à l’hosto dans un état critique), la traversée du désert et le petit déj' à Las Vegas à l'aube, Los Angeles, San Francisco en plein «Beyond The Pale», un club en Arizona où le public avec/sans alcool était séparé par une grille, un concert à Boston avec Converge et toute la clique HH, et finalement New York au CBGB sur les rotules deux semaines avant la chute des Twin Towers… Y retourner serait évidemment incroyable. Aller au Japon aussi, un vieux rêve. L’Amérique latine doit être un trip bien intense.
Vous étiez également partis en tournée avec eux en Europe et, il y a quelques temps, je suis tombé sur Youtube sur une vidéo de vous, en compagnie d‘Isis, qui reprenaient, tous ensemble et gaiement, votre morceau «H/Armless». Comment vous est venue cette idée? Cette «expérience» n’a eu lieu que sur votre date à Genève? Avez-vous vu la prestation live du morceau «Ascension» des Kehlvin/Rorcal? Prestation qui, à coup sûr, a dû/doit réveiller quelques souvenirs nostalgiques à tous les chanceux présents ce soir-là à l’Usine…
Je ne sais plus comment l’idée est venue, mais les gars d'Isis aimaient bien ce morceau. On était neuf sur scène à l’Usine et un autre soir en Italie, à Tarzo je crois. On a remis ça par la suite avec Ben Carr de 5ive et Justin de Jesu. La version avec Justin a été enregistrée de même qu’une reprise de «Merciless» de Godflesh avec lui à la troisième guitare et au chant, il faudrait qu’on sorte ça un jour.
Je n’ai pas vu «Ascension» en live.
J’ai cru comprendre, en fouinant un peu, que vous vous sentiez un peu «seuls», musicalement parlant, durant les premières années d’existence du groupe. Didier déclarait dans une interview que vous étiez «trop métal pour les hardcoreux, trop weird pour les metalleux». Actuellement, c’est une tout autre histoire… des formations comme Converge, Botch ou encore Coalesce ont façonné une «nouvelle» scène. Vous êtes fréquemment cités comme influence majeure à présent, quel(s) regards portez-vous là-dessus, sur ce nouveau statut?
Tu résumes bien les choses. Quand on a commencé, on ne se posait pas la question de savoir à quelle scène on appartenait, sauf underground ou alternative. On a peu à peu réalisé qu’il n’existait pas de niche sur mesure pour Knut. Ça ne nous a jamais empêché de jouer, mais c’est vrai qu’il nous a fallu créer notre propre dynamique, raison pour laquelle nous avons lancé Snuff Records et sommes devenus proches d’autres groupes singuliers comme Fragment, Tantrum, impure Wilhelmina, Brazen ou Shora. Nostromo étaient sans doute plus typés musicalement même s’ils attiraient un public varié fait de punks, métalleux, nerds ahuris par leur technique, etc. Pour nous ce n’était pas un problème car c’est aussi pour ça qu’on a créé Knut, pour faire ce qu'on avait envie d'entendre, sans recracher une formule ni sonner comme un autre groupe. Knut a d'emblée été une synthèse de tout ce qui nous passionnait et qui allait du metal /grind /punk-hardcore à l’industriel/noise extrême en passant par tous les groupes des nineties comme Helmet, The Jesus Lizard, Tad, Unsane, Barkmarket, Today is The Day et j’en passe. J’ajouterai mes influences prog (Yes, Rush, King Crimson, Mahavishnu Orchestra) et tout le classic rock de Black Sabbath, Soundgarden, Kyuss, C.O.C, cette musique des années 90-92 décisives pour notre génération.
Actuellement, et là encore ça n’a pas toujours été ainsi, la scène suisse est réputée internationalement. Vous en avez façonné les bases: musicalement, bien sûr, mais aussi grâce à Snuff Records ou encore avec le fanzine que vous teniez il y a quelques années, EVIL Zine. Ressentez-vous une forme de fierté avec le recul, le sentiment d‘avoir mis quelque chose en place? Quels sont les groupes suisses, disons plus «récents» et jeunes, qui vous ont mis sur le cul?
La scène suisse a été façonnée bien avant par des pionniers comme Celtic Frost, Coroner, The Young Gods, Fear of God, Calhoun Conquer, Alboth... L’underground suisse a toujours produit des trucs marginaux et originaux. Peut-être cela se ressentait-il moins du côté romand (francophone) qui était marqué par le punk et le rock alternatif français. Les groupes à grosses guitares et voix hurlées en anglais, il n'y en avait pas des masses à part les Young Gods qui ont eu une très grosse influence surtout pour l’approche radicale (Swans!) et l’intensité scénique des débuts. Le côté «on oublie sa retenue helvétique et on y va à fond».
Evil Zine n’a duré que le temps de deux numéros, c’était le carnet de bord d’un groupe de potes en train de vivre et découvrir des trucs ensemble, sortir des prod, organiser des concerts, en voir sans arrêt et sympathiser avec des groupes et labels, monter notre propre mailorder, etc. Entre-temps, la scène suisse a vraiment décollé notamment grâce à Internet. Je me souviens qu’avec Knut on bookait nos premières tournées par fax! On échangeait encore du courrier par lettres, une époque révolue.
Les groupes qui nous plaisent? Il y en a beaucoup dans tous les coins de Suisse, ça m’embêterait d’en oublier. Le fait que le Jura par exemple, une région montagnarde et périphérique sur le plan culturel, ait une scène très active et qu’il y ait un festival (le VnV) où ont joué des groupes comme Neurosis, Entombed ou Electric Wizard en dit long sur le décloisonnement et l’absence de complexes.
Toujours par rapport à cette scène suisse, Christian, entre autre, avait souligné dans une interview faite avec impure Wilhelmina, qu’il y avait très peu de «communication», au final, entre la scène romande et la scène alémanique. Quelle en est la cause? La barrière de la langue?
A priori ça ne devrait pas être le cas vu qu’on communique très bien en anglais, mais c’est vrai qu’il subsiste une espèce d’ignorance mutuelle entre ces deux régions. De fait, on a moins joué en Suisse alémanique qu’en Allemagne ou en Belgique. Ça doit tenir au climat politique et culturel du pays, et à l’absence de médias communs en particulier dans les domaines spécialisés comme le nôtre. En tout cas il n’existe rien ici qui fasse le lien, à part quelques assos et promoteurs éclairés. On est toujours très bien accueillis par les Alémaniques cela dit.
La vingtaine passée, je suis admiratif de votre parcours et des choses que vous avez connues et que je ne connaîtrai jamais. Didier, à nouveau, regrettait par exemple la disparition des squats («comme l’Ilôt 13, la Cave 12, la Tour, le Garage, le Goulet qui ont malheureusement pour la plupart disparu...»), où vous aviez fait vos premiers concerts… La question est large, volontairement, mais comment percevez-vous, avec votre expérience, l’évolution de la scène?
Là tu mets le doigt sur un truc dramatique, la disparition des lieux culturels autogérés. La particularité des squats consistait à intégrer logement et accueil: cantines pas cher, salles ouvertes à toutes les formes émergentes (musique, théâtre, danse, performance, etc). Sans cette effervescence et ces échanges, Genève n’aurait pas connu la scène alternative dont même ses élites et ses gouvernants se gaussent. Je ne comprends pas leur absence de vision et leur manque de logique, car désormais les rares lieux comme l’Usine ou l’Ecurie sont engorgés et génèrent des tensions à force de refuser du monde, de devoir tenir la barre tout seuls. Dans les années 1980-90 il existait une diversité d’offre et d’expériences qui a profité à tout Genève, non seulement aux acteurs «underground» mais à ses représentants politiques et ses institutions culturelles plus établies, dont proviennent plein d’anciens alternatifs. Comme quoi le pouvoir rend amnésique, même si dernièrement des choses ont été faites pour reloger les artistes, en particulier ceux de l'ancienne friche industrielle Artamis, occupée par des centaines de gens durant plus de dix ans. Mais la tolérance vis-à-vis de nouvelles expériences spontanées, donc incontrôlables par définition, a disparu et c’est problématique.
Knut s'est forgé en jouant dans tous les lieux que tu cites et bien d’autres, on a d'ailleurs enregistré notre premier disque «Leftovers» dans le sous-sol d’un squat, le Manoir, où avait lieu chaque année une Nuit des Pétards d’or, un concours de machines à fumette qui réunissait des centaines de personnes, impensable aujourd’hui! Inutile de dire qu’on n’aurait jamais eu les moyens d’accéder à un studio pro ni à des salles de concert autres que l’Usine à nos débuts.
On reproche fréquemment à ma génération d’être, en quelque sorte, «pourrie/gâtée»: d’un clic, la possibilité de se procurer la discographie entière d’un groupe alors que, il y a quelques années, ils fallaient «fouiner» chez les disquaires, se démener pour se procurer un bon skeud, acheter des fanzines pour se tenir informé, etc. Je voudrais tout de même nuancer un peu ce tableau idyllique ou le jeune connard peut avoir, gratuitement et facilement, accès à «tout». Certes, les réseaux peer-to-peer et autre myspace ont permis un accès à tous/tout, et cela, tout en restant bien au chaud derrière son clavier. Néanmoins, et à mes yeux, le jeune fan de hard, comme celui des années début 90, doit toujours se «démener» (encore plus qu’avant?) pour trouver un bon skeud. Alors certes, on ne «fouine» plus chez les disquaires à présent… mais sur Myspace. Je ne suis pas convaincu qu’actuellement, au final et quand on voit la quantité de skeud qui sort chaque semaine, que ce soit plus «facile» qu’avant. Trouver un bon skeud et dénicher un groupe de qualité, et ce malgré toutes ces «nouvelles technologies», est à mes yeux aussi difficile qu’avant, si ce n’est plus… êtes-vous d’accord avec ce raisonnement, vous qui avez vécu «l’avant Internet»?
Toutes les époques ont du bon. Les blogs et Myspace me permettent de découvrir une masse de choses auxquelles je n’aurais jamais eu accès si j’avais dû débourser ou même attendre d’en entendre parler. Heureusement il existe à Genève un réseau de discothèques municipales que j’ai abondamment fréquenté quand j’allais au collège (le lycée français) et où j’ai en grande partie fait ma culture musicale. Et il y avait les grands frères, les nouveaux potes et les petits disquaires. Tous ces éléments qui créent du lien. Le problème est là: Internet est une mine d’or pour des mélomanes isolés devant leurs ordinateurs remplis jusqu’à la gueule de fichiers anonymes dont ils ne savent plus quoi faire (c’est mon cas). Heureusement qu’il existe des forums pour partager son expérience de la musique, pour s’emporter, partager, critiquer, découvrir. Et bien sûr les concerts qui restent des lieux d’imprévus, de rencontres réelles et non virtuelles entre les musiciens et le public. Inutile de trancher en faveur d’une époque ou d’une autre. Le passé était peut-être plus «pur», la musique se méritait et retenait davantage notre attention (pochette, lyrics, disques passés en boucle et analysés avec ferveur) mais aujourd’hui les gens sont (du moins potentiellement) plus érudits, et la frustration de ne pas avoir accès à certains trucs a disparu. On verra à long terme si tout ça tue la créativité et si les gens deviennent complètement blasés.
Quand on regarde le chemin parcouru depuis 1994, on se dit que vous avez tout fait et tout vécu, «Alter» apparaissant comme la consécration de votre carrière avec ces invités plus prestigieux les uns que les autres. A quoi aspirez-vous à présent? Quels sont vos «objectifs» actuellement? Ou tout du moins, et formulé autrement, que peut-on souhaiter de plus à Knut dans les mois/années à venir?
C’est gentil mais tout s’est passé de manière bien plus hasardeuse et moins linéaire que tu ne le décris. J’ai de la peine à réaliser que Knut existe depuis seize années. Il y a eu des changements internes importants, des périodes de creux assez longues. Il n'y a rien d'aquis, tout est toujours à refaire, il faut relancer la machine, retrouver l'alchimie au sein du groupe, battre le rappel des labels, des tourneurs, convaincre les festivals et ceux qui n'ont pas forcément entendu parler de toi. J’ai lu plein de fois qu’on avait splitté, ce qui n’a jamais été le cas, c’est dire si on est vite oubliés dès qu'on reprend disparaît deux ou trois ans. Les objectifs ne sont jamais prédéfinis de manière trop ambitieuse. J’espère qu’on a réussi un nouvel album dans lequel les gens auront envie de s’immerger.
Pensez-vous que l’âge, et tout ce qui en découle (comme le fait de devenir père de famille, etc.) puisse devenir une des causes principales qui vous pousse à arrêter de faire du «hard»?
Je disais l’autre jour à Serge que ce serait le dernier line-up de Knut. Je suis heureux que le groupe soit encore là avec de nouveaux membres aussi talentueux et motivés. Il y a trois ans, ça m’aurait paru hautement improbable et si on a persévéré c’est parce que ces trois-là se sont présentés, qu’on les connaissait, qu’ils connaissaient le groupe et avaient envie de relever le défi. Je n’aurais pas passé une minute à auditionner des mecs venus de nulle part. Knut reposait largement sur une alchimie humaine qui durait depuis plus de dix ans, alors c’est presque un miracle.
Que Knut soit connu internationalement, c’est une certitude… que ce soit outre-Atlantique, en Europe centrale ou en Europe nordique, ça fait pas mal d’années que le hard y est présent, et, dans certains cas, plus ou moins démocratisé. Cependant, j’ai l’impression que dans certains pays (je pense à la Grèce par exemple), des scènes se mettent progressivement en place. Quels sont les pays les plus «improbables» ou vous percevez que les choses commencent à bouger? Roderic me parlait par exemple de Singapour…
On a reçu quelques messages de mecs de Singapour sur Myspace, ce qui suggère un public et sûrement une scène et des groupes dont on n’a jamais entendu parler… Je ne vois pas un seul pays à l’ère Internet où quelqu’un ne jouerait pas un truc à la Isis ou Mastodon. A part en Afrique pour des raisons évidentes, et encore.
La Grèce a été une belle surprise. Un pays où j’avais passé des vacances depuis tout gosse et voilà que je me retrouve sur scène face à un public de headbangers et de mignonnes en tee-shirt Knut moulants. Yes!
Même s’il n’y a pas beaucoup de kilomètres entre Genève et la France, certains éléments sont néanmoins foncièrement différents. Quel regard portez-vous, par exemple, sur le statut d’intermittent du spectacle présent en France?
C’est une vieille question que les Français eux-mêmes semblent avoir de la peine à trancher. Trop de confort ou prise en compte des besoins légitimes des artistes? Je ne sais pas. C’est triste à dire mais les meilleurs groupes viennent de pays qui sont des jungles sociales. Encore que la Scandinavie regorge de talents! En Suisse, les artistes galèrent pas mal surtout dans le théâtre ou la danse où les vocations sont plus professionnelles. Les musiques dites actuelles sont vraiment considérées comme un hobbie. Nous en tout cas, on a presque tous des jobs stables pour vivre.
Toujours par rapport à la France, vous n’êtes pas sans savoir que l’événement métallique de l’année est le Hellfest! Vous avez joué au Furyfest et au Hellfest: vous avez perçu une différence notable entre ces deux événements? Vous aviez déclaré dans une interview présente sur le DVD du Hellfest que vous n’étiez pas du tout un «groupe de festival»: vous pouvez développer? Ça m’avait un peu étonné puisqu’au final, vous avez tout de même participé à de nombreux festivals en Europe…
On a connu quelques douches froides dans les grands festivals, je parle de trucs de la taille du Hellfest. C’est parfois frustrant de jouer entre dix groupes de NY hardcore et de brutal death, sans «vibe» commune. Jouer 25 minutes en plein jour à 10 mètres du public, c'est pas terrible. Mais j’adore l’ambiance des festivals et on a eu plein de très bonnes expériences.
Ce nouvel album est, sans aucun doute, l’une des sorties les plus attendues de 2010. Après plus de 15 ans de loyaux services, vous avec ressenti tout de même de la pression pendant la composition des nouveaux morceaux? Le temps qui s’est écoulé depuis la sortie de «Terraformer» a mis à rude épreuve la patience de votre public…
Notre patience en tout cas a été mise à rude épreuve. Il a fallu digérer le départ de Jeremy (Taverne) parti se consacrer à Mumakil et intégrer successivement trois nouveaux membres, leur apprendre les titres, faire des concerts, huiler la machine. Trouver un mode opératoire pour la compo et l’arrangement de nouveautés n’a pas été sans mal. On a passé quelques mois à avancer dans le noir, avec des idées ici et là mais rien qui ne ressemble à un album. Les choses ont fini par se mettre en place. A un moment on s’est dit qu’il fallait passer la deuxième sinon on ne le ferait jamais, ce nouveau disque. Quand on a appris que Didier serait père en février, on a booké le studio en janvier!
L’enregistrement de ce nouvel album est l’occasion pour vous de retravailler avec l’incontournable Serge Morattel! Pourquoi n’avez-vous pas décidé de retourner enregistrer avec Jérôme Pellegrini? Quelle relation entretenez-vous avec Serge?
Incontournable c’est le mot. Jamais vu quelqu'un de plus impliqué, passionné et surtout patient que Serge! C’est le trésor ultime pour un groupe. Je le connais depuis plus de vingt ans, quand il jouait dans un groupe avec mon frère. C’est non seulement un super ingé-son mais un musicien talentueux, guitar hero et chanteur au grain «chris cornellien»! Musicalement, je partage énormément de choses avec lui, du Genesis des seventies au metal le plus bourrin. Il connaît Knut de l’intérieur, il comprend notre esprit musical mieux que quiconque et nous a vus passer par tous les états. Je me demande comment on a pu se passer de lui si longtemps. A l’origine «Terraformer» devait être fait chez lui mais la démo qu’on avait réalisée chez Jérôme nous a paru tellement bonne et spontanée, enregistrée en un week-end, qu’on s’est dit «pourquoi tout refaire à zéro en studio?» Avec le recul je pense que le mastering aurait pu être plus poussé, et qu’avec les approches si différentes qu’il y a dans cet album il aurait gagné à être plus «produit». Mais je l’aime aussi comme ça, il correspond à l’état d’esprit du moment, zéro prise de tête et vite emballé contrairement à «Challenger» qui avait été un chantier long et difficile.
Dans une interview faite pour Versus Mag, Didier avait déclaré, suite au fait qu’il y avait beaucoup moins de chant sur Terraformer que sur Challenger, que «Actuellement, j’ai aussi d’une certaine manière atteint ma limite technique. Vocalement, je ne sais pas trop quoi faire d’autre que le chant screamo agressif et donc on ne sort pas vraiment de cette émotion-là. Je ressens maintenant le besoin d’exprimer d’autres choses». C’est toujours le même état d’esprit qui prime actuellement? Devons-nous nous attendre à une plus grande présence d’électronique pour le nouvel album?
Didier: La configuration du groupe a totalement changé entre l’enregistrement de «Terraformer» et celui du nouvel album. «Terraformer» a été composé en petits groupes par des gens qui se connaissaient et/ou faisaient de la musique ensemble depuis 10 ans voire plus. La venue de nouveaux membres de Knut a amené de nouvelles envies et énergies. Il y a pas mal de morceaux rapides qui demandaient du chant sans qu’on se pose la question comme à l’époque de «Terraformer». Pour diverses raisons, j’ai peu contribué au côté électronique de Knut dans cette dernière évolution du groupe. Les morceaux et les envies du Knut actuels sont dans un registre plus «guitares»… à mon avis.
Le line-up a connu quelques changements ces dernières années. Pensez-vous que ça se ressentira sur les nouveaux morceaux, étant donné que ça reste, sauf erreur de ma part, principalement Roderic qui compose?
Roderic: Oui ça se ressent nettement. L’apport des autres est présent à tous niveaux, écriture, arrangements, son.
Vos textes sont connus comme étant abstraits. Est-ce que la prise de quelconques stupéfiants, permettant d’atteindre ces fameux niveaux de conscience supérieure, peut expliquer cette «abstraction»? Les textes de votre prochain full-length continueront-ils sur ce chemin?
Didier: Non, pas vraiment. Comme je l’ai dit plus haut les envies ont changé. Pas mal de nouveaux morceaux vont à 2000 à l’heure, avec plein de riffs et de rythmes alambiqués. J’ai donc pris une direction contraire avec le chant: back to basics. Les paroles sont assez crues et directes. Je l’ai dit récemment en rigolant à Roderic: je suis le dernier gardien du minimalisme dans ce groupe.
Toujours au rayon des déclarations récentes, vous avez annoncé qu’une version LP de «Challenger» allait (re)sortir sur Division Records. Pourquoi avoir choisi ce label? Comment êtes-vous venus à travailler avec cette nouvelle équipe? Que représente pour vous ce label phare de la scène helvète? Un artwork différent est-il prévu?
Roderic: Il sort chez Division car ce sont eux qui nous l’ont proposé – en gatefold et heavy vinyl. Enfin s'il veut bien arriver ce putain de disque!! Ils semblent motivés et on se connaît bien puisque ce sont notamment des membres de Rorcal qui ont repris les commandes du label.
Toutes vos sorties sont (quasiment) sold-out et ont (souvent) fait l’objet d‘une réédition. Malgré cela, et la notoriété internationale que le groupe possède, est-ce encore difficile pour vous, techniquement et financièrement, de faire de la musique, de partir en tournée, etc.? Pensez-vous avoir atteint, pour le style musical «extrême» dans lequel vous évoluez, une sorte de «limite»? Comprenez par là que, sans compromis qui rendrait votre musique plus «accessible», un niveau de notoriété supérieur semble difficilement atteignable…
Nos disques sont sold out, du moins «Challenger», car les quantités n’ont jamais été énormes, pas la peine de fantasmer :) Knut est condamné à rester un groupe au «succès d’estime» et ça ne nous surprend pas. On n'a jamais eu d’ambition commerciale avec ce groupe et ça ne va pas changer. Pas l’ombre d’un hit single ou d’une partie «chantée» donc t’es pas près de nous voir chez Nagui ou sur VH1.
Je me décide, enfin, à conclure cette interview fleuve, je ne voudrais pour rien au monde être tenu responsable si le prochain album venait à sortir en 2012... Merci sincèrement d’avoir pris le temps de répondre à (toutes) ces questions… c’était un honneur de vous interviewer. En espérant que vous ayez pris un peu de plaisir à y répondre. Les mots de la fin sont à vous!
Incroyable, cette interview est terminée. Tu vas nous manquer.
Site web.
Myspace.
Roderic: L'histoire du Trivial Pursuit est authentique. Il y a une dizaine d’années, un pote nous raconte avoir tiré cette question lors d'une soirée passée à jouer. Impossible de savoir comment on est arrivés là. Sans doute qu'il y un fan de hard parmi les rédacteurs des questions. Je vais tâcher de retrouver le carton et t’en fournir un scan.
Autre anecdote, plus dans le registre «comico-absurde» cette fois-ci, c’est cette histoire d’ourson blanc affectueusement prénommé «Knut». J’ai lu dans un journal que cette histoire ne vous avait fait rire qu’à moitié, au début, puisque le zoo de Berlin voulait déposer la marque «Knut». Quel regard portez-vous sur cet événement avec le recul? Avez-vous, à un moment donné, été vraiment inquiet avec cette histoire?
Là c’est le grand n’importe quoi… Déjà que notre nom de groupe reste incompris par 90% des gens (non ce n’est pas le prénom nordique, non ce n’est pas la fête chez Ikea), cette histoire berlinoise n’a rien arrangé. Au départ ça nous a fait marrer car il ne se passait pas un jour sans que le mot Knut fasse les gros titres et manchettes des journaux. Avec des associations d’idées passablement absurdes. Ensuite quand on a entendu que le zoo de Berlin allait déposer le nom comme une marque, on a eu un moment de flip (il existe un groupe à Genève, Sinner dc, qui avait dû modifier son nom à cause d’un obscur combo allemand je crois). Renseignement pris, ce genre de démarche n’a pas d’incidence s’il n’y a aucun rapport entre les deux objets. Le zoo voulait empêcher l’exploitation commerciale de l’ours (produits dérivés) et il avait sûrement raison. Tout ça nous a valu quelques articles amusants dans des journaux, notamment un quotidien australien qui nous a contacté pour une interview à ce sujet.
On continue, larme à l’œil, avec les anecdotes qui ont ponctué votre carrière… mais de manière plus sérieuse cette fois-ci. En 1999, j’ai appris que, suite à «Bastardiser», Relapse vous avait proposé de grossir son écurie. Quel regard portez-vous, à nouveau, sur cette proposition et votre choix? Qu’est-ce qui vous a poussé à l’époque à signer sur Hydrahead et non pas sur Relapse, qui compte/comptait tout de même dans ses rangs des monstres indétrônables (Neurosis, Nasum, DEP, Today is The Day, Buried Inside, et… un certain Mumakil à présent!)?
Relapse s’était effectivement montré intéressé, mais pas encore au point de signer. Disons qu’ils étaient en phase d’approche et que le numéro 2 ou 3 du label était motivé (c’est lui qui nous avait contactés) mais apparemment le boss suprême l'était un peu moins. On était évidemment sur le cul, mais comme on discutait en même temps avec Hydra Head – ça fait partie de ces moments où tout te tombe dessus en même temps – il n’y a jamais eu de dilemme. Relapse sortait de très bons trucs à cette époque mais Hydra Head correspondait plus à ce qu’on aimait chez un label – cohérence, esthétique, dimensions du label, manière de considérer les groupes et de traiter avec eux. Relapse aurait été un choix opportuniste alors qu’avec Hydra Head on se sent vraiment chez nous. On aime à peu près tout ce qu’ils sortent et ce sont devenus des amis, ce qui est loin d'être le cas avec d'autres labels et leurs groupes.
Continuons cette interview avec les labels, et particulièrement Hydrahead… On a appris il y a quelques temps que Pelican (groupe que vous connaissez bien et qui, d’ailleurs, pour la (nouvelle) petite anecdote, m’avait confié pendant la réalisation de la compil’ Falling Down que Knut était l’une des influences majeures du combo) quittait le label Hydrahead. Vous comprenez ce choix? Ce départ m’amène à la question suivante: comment percevez-vous l’évolution de ce/votre label? Convient-il, encore et toujours, à vos attentes et à la musique de Knut?
Pelican quittent HH et on figure parmi leurs influences? Tu m’apprends des choses. J’ai de la peine à distinguer des similitudes entre nos groupes mais pourquoi pas, je sais qu'on a des influences communes au départ. Ce sont des gens adorables même si musicalement ce n’est pas le groupe de chez HH que je préfère. Je me rappelle ce concert au Fireside Bowl de Chicago lors de notre tournée avec Isis où ils ont apparemment passé leur démo à Aaron pour être signés. Leur concert avait été assez marquant dans un style Godflesh meets sludge bien gras. Un des rares groupes avec Keelhaul et Thrones qu’on ait retenu de cette tournée. Pour répondre à ta question, sachant qu’ils sont une des meilleures ventes du label et qu’ils reçoivent sans doute plein d’offres intéressantes, je peux comprendre qu’ils aient envie de tenter quelque chose de nouveau. Sauf si c’est pour signer chez une major et revenir la queue entre les jambes comme Cave In...
[Knut/Isis/Thrones @ CBGB (2001)]
Isis et Knut c’est un peu… une longue histoire d’amour. Il y a déjà eu cette tournée US en 2001. L’un des moments majeurs de votre carrière? Vous aviez entre autre joué au CBGB de New York… quel(s) souvenir(s) gardez-vous de ce périple américain? L’idée de retraverser l’Atlantique, pour le nouvel album par exemple, vous trotte-elle dans la tête?
Cette tournée remonte déjà à loin. On ne peut qu'être reconnaissant à Aaron et HH de nous avoir embarqué trois semaines sur la route avant même que «Challenger» ne soit sorti (à l'époque ils avaient juste réédité «Bastardiser» et sorti un CD 4 titres pour l'occasion). Sur place on avait tout, le matos, le van avec chauffeur, le public d’Isis. Quelques images incroyables comme ce centre social à Des Moines (la ville de Slipknot), Salt Lake City la capitale des mormons avec son centre autonome où on n’a pas pu jouer parce qu’ils venaient d’être attaqués par des kids chrétiens straight-edge ultras (un mec se trouvait à l’hosto dans un état critique), la traversée du désert et le petit déj' à Las Vegas à l'aube, Los Angeles, San Francisco en plein «Beyond The Pale», un club en Arizona où le public avec/sans alcool était séparé par une grille, un concert à Boston avec Converge et toute la clique HH, et finalement New York au CBGB sur les rotules deux semaines avant la chute des Twin Towers… Y retourner serait évidemment incroyable. Aller au Japon aussi, un vieux rêve. L’Amérique latine doit être un trip bien intense.
Vous étiez également partis en tournée avec eux en Europe et, il y a quelques temps, je suis tombé sur Youtube sur une vidéo de vous, en compagnie d‘Isis, qui reprenaient, tous ensemble et gaiement, votre morceau «H/Armless». Comment vous est venue cette idée? Cette «expérience» n’a eu lieu que sur votre date à Genève? Avez-vous vu la prestation live du morceau «Ascension» des Kehlvin/Rorcal? Prestation qui, à coup sûr, a dû/doit réveiller quelques souvenirs nostalgiques à tous les chanceux présents ce soir-là à l’Usine…
Je ne sais plus comment l’idée est venue, mais les gars d'Isis aimaient bien ce morceau. On était neuf sur scène à l’Usine et un autre soir en Italie, à Tarzo je crois. On a remis ça par la suite avec Ben Carr de 5ive et Justin de Jesu. La version avec Justin a été enregistrée de même qu’une reprise de «Merciless» de Godflesh avec lui à la troisième guitare et au chant, il faudrait qu’on sorte ça un jour.
Je n’ai pas vu «Ascension» en live.
J’ai cru comprendre, en fouinant un peu, que vous vous sentiez un peu «seuls», musicalement parlant, durant les premières années d’existence du groupe. Didier déclarait dans une interview que vous étiez «trop métal pour les hardcoreux, trop weird pour les metalleux». Actuellement, c’est une tout autre histoire… des formations comme Converge, Botch ou encore Coalesce ont façonné une «nouvelle» scène. Vous êtes fréquemment cités comme influence majeure à présent, quel(s) regards portez-vous là-dessus, sur ce nouveau statut?
Tu résumes bien les choses. Quand on a commencé, on ne se posait pas la question de savoir à quelle scène on appartenait, sauf underground ou alternative. On a peu à peu réalisé qu’il n’existait pas de niche sur mesure pour Knut. Ça ne nous a jamais empêché de jouer, mais c’est vrai qu’il nous a fallu créer notre propre dynamique, raison pour laquelle nous avons lancé Snuff Records et sommes devenus proches d’autres groupes singuliers comme Fragment, Tantrum, impure Wilhelmina, Brazen ou Shora. Nostromo étaient sans doute plus typés musicalement même s’ils attiraient un public varié fait de punks, métalleux, nerds ahuris par leur technique, etc. Pour nous ce n’était pas un problème car c’est aussi pour ça qu’on a créé Knut, pour faire ce qu'on avait envie d'entendre, sans recracher une formule ni sonner comme un autre groupe. Knut a d'emblée été une synthèse de tout ce qui nous passionnait et qui allait du metal /grind /punk-hardcore à l’industriel/noise extrême en passant par tous les groupes des nineties comme Helmet, The Jesus Lizard, Tad, Unsane, Barkmarket, Today is The Day et j’en passe. J’ajouterai mes influences prog (Yes, Rush, King Crimson, Mahavishnu Orchestra) et tout le classic rock de Black Sabbath, Soundgarden, Kyuss, C.O.C, cette musique des années 90-92 décisives pour notre génération.
[Photo de Maoya Bassiouni]
Actuellement, et là encore ça n’a pas toujours été ainsi, la scène suisse est réputée internationalement. Vous en avez façonné les bases: musicalement, bien sûr, mais aussi grâce à Snuff Records ou encore avec le fanzine que vous teniez il y a quelques années, EVIL Zine. Ressentez-vous une forme de fierté avec le recul, le sentiment d‘avoir mis quelque chose en place? Quels sont les groupes suisses, disons plus «récents» et jeunes, qui vous ont mis sur le cul?
La scène suisse a été façonnée bien avant par des pionniers comme Celtic Frost, Coroner, The Young Gods, Fear of God, Calhoun Conquer, Alboth... L’underground suisse a toujours produit des trucs marginaux et originaux. Peut-être cela se ressentait-il moins du côté romand (francophone) qui était marqué par le punk et le rock alternatif français. Les groupes à grosses guitares et voix hurlées en anglais, il n'y en avait pas des masses à part les Young Gods qui ont eu une très grosse influence surtout pour l’approche radicale (Swans!) et l’intensité scénique des débuts. Le côté «on oublie sa retenue helvétique et on y va à fond».
Evil Zine n’a duré que le temps de deux numéros, c’était le carnet de bord d’un groupe de potes en train de vivre et découvrir des trucs ensemble, sortir des prod, organiser des concerts, en voir sans arrêt et sympathiser avec des groupes et labels, monter notre propre mailorder, etc. Entre-temps, la scène suisse a vraiment décollé notamment grâce à Internet. Je me souviens qu’avec Knut on bookait nos premières tournées par fax! On échangeait encore du courrier par lettres, une époque révolue.
Les groupes qui nous plaisent? Il y en a beaucoup dans tous les coins de Suisse, ça m’embêterait d’en oublier. Le fait que le Jura par exemple, une région montagnarde et périphérique sur le plan culturel, ait une scène très active et qu’il y ait un festival (le VnV) où ont joué des groupes comme Neurosis, Entombed ou Electric Wizard en dit long sur le décloisonnement et l’absence de complexes.
Toujours par rapport à cette scène suisse, Christian, entre autre, avait souligné dans une interview faite avec impure Wilhelmina, qu’il y avait très peu de «communication», au final, entre la scène romande et la scène alémanique. Quelle en est la cause? La barrière de la langue?
A priori ça ne devrait pas être le cas vu qu’on communique très bien en anglais, mais c’est vrai qu’il subsiste une espèce d’ignorance mutuelle entre ces deux régions. De fait, on a moins joué en Suisse alémanique qu’en Allemagne ou en Belgique. Ça doit tenir au climat politique et culturel du pays, et à l’absence de médias communs en particulier dans les domaines spécialisés comme le nôtre. En tout cas il n’existe rien ici qui fasse le lien, à part quelques assos et promoteurs éclairés. On est toujours très bien accueillis par les Alémaniques cela dit.
La vingtaine passée, je suis admiratif de votre parcours et des choses que vous avez connues et que je ne connaîtrai jamais. Didier, à nouveau, regrettait par exemple la disparition des squats («comme l’Ilôt 13, la Cave 12, la Tour, le Garage, le Goulet qui ont malheureusement pour la plupart disparu...»), où vous aviez fait vos premiers concerts… La question est large, volontairement, mais comment percevez-vous, avec votre expérience, l’évolution de la scène?
Là tu mets le doigt sur un truc dramatique, la disparition des lieux culturels autogérés. La particularité des squats consistait à intégrer logement et accueil: cantines pas cher, salles ouvertes à toutes les formes émergentes (musique, théâtre, danse, performance, etc). Sans cette effervescence et ces échanges, Genève n’aurait pas connu la scène alternative dont même ses élites et ses gouvernants se gaussent. Je ne comprends pas leur absence de vision et leur manque de logique, car désormais les rares lieux comme l’Usine ou l’Ecurie sont engorgés et génèrent des tensions à force de refuser du monde, de devoir tenir la barre tout seuls. Dans les années 1980-90 il existait une diversité d’offre et d’expériences qui a profité à tout Genève, non seulement aux acteurs «underground» mais à ses représentants politiques et ses institutions culturelles plus établies, dont proviennent plein d’anciens alternatifs. Comme quoi le pouvoir rend amnésique, même si dernièrement des choses ont été faites pour reloger les artistes, en particulier ceux de l'ancienne friche industrielle Artamis, occupée par des centaines de gens durant plus de dix ans. Mais la tolérance vis-à-vis de nouvelles expériences spontanées, donc incontrôlables par définition, a disparu et c’est problématique.
Knut s'est forgé en jouant dans tous les lieux que tu cites et bien d’autres, on a d'ailleurs enregistré notre premier disque «Leftovers» dans le sous-sol d’un squat, le Manoir, où avait lieu chaque année une Nuit des Pétards d’or, un concours de machines à fumette qui réunissait des centaines de personnes, impensable aujourd’hui! Inutile de dire qu’on n’aurait jamais eu les moyens d’accéder à un studio pro ni à des salles de concert autres que l’Usine à nos débuts.
On reproche fréquemment à ma génération d’être, en quelque sorte, «pourrie/gâtée»: d’un clic, la possibilité de se procurer la discographie entière d’un groupe alors que, il y a quelques années, ils fallaient «fouiner» chez les disquaires, se démener pour se procurer un bon skeud, acheter des fanzines pour se tenir informé, etc. Je voudrais tout de même nuancer un peu ce tableau idyllique ou le jeune connard peut avoir, gratuitement et facilement, accès à «tout». Certes, les réseaux peer-to-peer et autre myspace ont permis un accès à tous/tout, et cela, tout en restant bien au chaud derrière son clavier. Néanmoins, et à mes yeux, le jeune fan de hard, comme celui des années début 90, doit toujours se «démener» (encore plus qu’avant?) pour trouver un bon skeud. Alors certes, on ne «fouine» plus chez les disquaires à présent… mais sur Myspace. Je ne suis pas convaincu qu’actuellement, au final et quand on voit la quantité de skeud qui sort chaque semaine, que ce soit plus «facile» qu’avant. Trouver un bon skeud et dénicher un groupe de qualité, et ce malgré toutes ces «nouvelles technologies», est à mes yeux aussi difficile qu’avant, si ce n’est plus… êtes-vous d’accord avec ce raisonnement, vous qui avez vécu «l’avant Internet»?
Toutes les époques ont du bon. Les blogs et Myspace me permettent de découvrir une masse de choses auxquelles je n’aurais jamais eu accès si j’avais dû débourser ou même attendre d’en entendre parler. Heureusement il existe à Genève un réseau de discothèques municipales que j’ai abondamment fréquenté quand j’allais au collège (le lycée français) et où j’ai en grande partie fait ma culture musicale. Et il y avait les grands frères, les nouveaux potes et les petits disquaires. Tous ces éléments qui créent du lien. Le problème est là: Internet est une mine d’or pour des mélomanes isolés devant leurs ordinateurs remplis jusqu’à la gueule de fichiers anonymes dont ils ne savent plus quoi faire (c’est mon cas). Heureusement qu’il existe des forums pour partager son expérience de la musique, pour s’emporter, partager, critiquer, découvrir. Et bien sûr les concerts qui restent des lieux d’imprévus, de rencontres réelles et non virtuelles entre les musiciens et le public. Inutile de trancher en faveur d’une époque ou d’une autre. Le passé était peut-être plus «pur», la musique se méritait et retenait davantage notre attention (pochette, lyrics, disques passés en boucle et analysés avec ferveur) mais aujourd’hui les gens sont (du moins potentiellement) plus érudits, et la frustration de ne pas avoir accès à certains trucs a disparu. On verra à long terme si tout ça tue la créativité et si les gens deviennent complètement blasés.
[Photo de JC Hernandez]
Quand on regarde le chemin parcouru depuis 1994, on se dit que vous avez tout fait et tout vécu, «Alter» apparaissant comme la consécration de votre carrière avec ces invités plus prestigieux les uns que les autres. A quoi aspirez-vous à présent? Quels sont vos «objectifs» actuellement? Ou tout du moins, et formulé autrement, que peut-on souhaiter de plus à Knut dans les mois/années à venir?
C’est gentil mais tout s’est passé de manière bien plus hasardeuse et moins linéaire que tu ne le décris. J’ai de la peine à réaliser que Knut existe depuis seize années. Il y a eu des changements internes importants, des périodes de creux assez longues. Il n'y a rien d'aquis, tout est toujours à refaire, il faut relancer la machine, retrouver l'alchimie au sein du groupe, battre le rappel des labels, des tourneurs, convaincre les festivals et ceux qui n'ont pas forcément entendu parler de toi. J’ai lu plein de fois qu’on avait splitté, ce qui n’a jamais été le cas, c’est dire si on est vite oubliés dès qu'on reprend disparaît deux ou trois ans. Les objectifs ne sont jamais prédéfinis de manière trop ambitieuse. J’espère qu’on a réussi un nouvel album dans lequel les gens auront envie de s’immerger.
Pensez-vous que l’âge, et tout ce qui en découle (comme le fait de devenir père de famille, etc.) puisse devenir une des causes principales qui vous pousse à arrêter de faire du «hard»?
Je disais l’autre jour à Serge que ce serait le dernier line-up de Knut. Je suis heureux que le groupe soit encore là avec de nouveaux membres aussi talentueux et motivés. Il y a trois ans, ça m’aurait paru hautement improbable et si on a persévéré c’est parce que ces trois-là se sont présentés, qu’on les connaissait, qu’ils connaissaient le groupe et avaient envie de relever le défi. Je n’aurais pas passé une minute à auditionner des mecs venus de nulle part. Knut reposait largement sur une alchimie humaine qui durait depuis plus de dix ans, alors c’est presque un miracle.
Que Knut soit connu internationalement, c’est une certitude… que ce soit outre-Atlantique, en Europe centrale ou en Europe nordique, ça fait pas mal d’années que le hard y est présent, et, dans certains cas, plus ou moins démocratisé. Cependant, j’ai l’impression que dans certains pays (je pense à la Grèce par exemple), des scènes se mettent progressivement en place. Quels sont les pays les plus «improbables» ou vous percevez que les choses commencent à bouger? Roderic me parlait par exemple de Singapour…
On a reçu quelques messages de mecs de Singapour sur Myspace, ce qui suggère un public et sûrement une scène et des groupes dont on n’a jamais entendu parler… Je ne vois pas un seul pays à l’ère Internet où quelqu’un ne jouerait pas un truc à la Isis ou Mastodon. A part en Afrique pour des raisons évidentes, et encore.
La Grèce a été une belle surprise. Un pays où j’avais passé des vacances depuis tout gosse et voilà que je me retrouve sur scène face à un public de headbangers et de mignonnes en tee-shirt Knut moulants. Yes!
Même s’il n’y a pas beaucoup de kilomètres entre Genève et la France, certains éléments sont néanmoins foncièrement différents. Quel regard portez-vous, par exemple, sur le statut d’intermittent du spectacle présent en France?
C’est une vieille question que les Français eux-mêmes semblent avoir de la peine à trancher. Trop de confort ou prise en compte des besoins légitimes des artistes? Je ne sais pas. C’est triste à dire mais les meilleurs groupes viennent de pays qui sont des jungles sociales. Encore que la Scandinavie regorge de talents! En Suisse, les artistes galèrent pas mal surtout dans le théâtre ou la danse où les vocations sont plus professionnelles. Les musiques dites actuelles sont vraiment considérées comme un hobbie. Nous en tout cas, on a presque tous des jobs stables pour vivre.
Toujours par rapport à la France, vous n’êtes pas sans savoir que l’événement métallique de l’année est le Hellfest! Vous avez joué au Furyfest et au Hellfest: vous avez perçu une différence notable entre ces deux événements? Vous aviez déclaré dans une interview présente sur le DVD du Hellfest que vous n’étiez pas du tout un «groupe de festival»: vous pouvez développer? Ça m’avait un peu étonné puisqu’au final, vous avez tout de même participé à de nombreux festivals en Europe…
On a connu quelques douches froides dans les grands festivals, je parle de trucs de la taille du Hellfest. C’est parfois frustrant de jouer entre dix groupes de NY hardcore et de brutal death, sans «vibe» commune. Jouer 25 minutes en plein jour à 10 mètres du public, c'est pas terrible. Mais j’adore l’ambiance des festivals et on a eu plein de très bonnes expériences.
Ce nouvel album est, sans aucun doute, l’une des sorties les plus attendues de 2010. Après plus de 15 ans de loyaux services, vous avec ressenti tout de même de la pression pendant la composition des nouveaux morceaux? Le temps qui s’est écoulé depuis la sortie de «Terraformer» a mis à rude épreuve la patience de votre public…
Notre patience en tout cas a été mise à rude épreuve. Il a fallu digérer le départ de Jeremy (Taverne) parti se consacrer à Mumakil et intégrer successivement trois nouveaux membres, leur apprendre les titres, faire des concerts, huiler la machine. Trouver un mode opératoire pour la compo et l’arrangement de nouveautés n’a pas été sans mal. On a passé quelques mois à avancer dans le noir, avec des idées ici et là mais rien qui ne ressemble à un album. Les choses ont fini par se mettre en place. A un moment on s’est dit qu’il fallait passer la deuxième sinon on ne le ferait jamais, ce nouveau disque. Quand on a appris que Didier serait père en février, on a booké le studio en janvier!
L’enregistrement de ce nouvel album est l’occasion pour vous de retravailler avec l’incontournable Serge Morattel! Pourquoi n’avez-vous pas décidé de retourner enregistrer avec Jérôme Pellegrini? Quelle relation entretenez-vous avec Serge?
Incontournable c’est le mot. Jamais vu quelqu'un de plus impliqué, passionné et surtout patient que Serge! C’est le trésor ultime pour un groupe. Je le connais depuis plus de vingt ans, quand il jouait dans un groupe avec mon frère. C’est non seulement un super ingé-son mais un musicien talentueux, guitar hero et chanteur au grain «chris cornellien»! Musicalement, je partage énormément de choses avec lui, du Genesis des seventies au metal le plus bourrin. Il connaît Knut de l’intérieur, il comprend notre esprit musical mieux que quiconque et nous a vus passer par tous les états. Je me demande comment on a pu se passer de lui si longtemps. A l’origine «Terraformer» devait être fait chez lui mais la démo qu’on avait réalisée chez Jérôme nous a paru tellement bonne et spontanée, enregistrée en un week-end, qu’on s’est dit «pourquoi tout refaire à zéro en studio?» Avec le recul je pense que le mastering aurait pu être plus poussé, et qu’avec les approches si différentes qu’il y a dans cet album il aurait gagné à être plus «produit». Mais je l’aime aussi comme ça, il correspond à l’état d’esprit du moment, zéro prise de tête et vite emballé contrairement à «Challenger» qui avait été un chantier long et difficile.
Dans une interview faite pour Versus Mag, Didier avait déclaré, suite au fait qu’il y avait beaucoup moins de chant sur Terraformer que sur Challenger, que «Actuellement, j’ai aussi d’une certaine manière atteint ma limite technique. Vocalement, je ne sais pas trop quoi faire d’autre que le chant screamo agressif et donc on ne sort pas vraiment de cette émotion-là. Je ressens maintenant le besoin d’exprimer d’autres choses». C’est toujours le même état d’esprit qui prime actuellement? Devons-nous nous attendre à une plus grande présence d’électronique pour le nouvel album?
Didier: La configuration du groupe a totalement changé entre l’enregistrement de «Terraformer» et celui du nouvel album. «Terraformer» a été composé en petits groupes par des gens qui se connaissaient et/ou faisaient de la musique ensemble depuis 10 ans voire plus. La venue de nouveaux membres de Knut a amené de nouvelles envies et énergies. Il y a pas mal de morceaux rapides qui demandaient du chant sans qu’on se pose la question comme à l’époque de «Terraformer». Pour diverses raisons, j’ai peu contribué au côté électronique de Knut dans cette dernière évolution du groupe. Les morceaux et les envies du Knut actuels sont dans un registre plus «guitares»… à mon avis.
Le line-up a connu quelques changements ces dernières années. Pensez-vous que ça se ressentira sur les nouveaux morceaux, étant donné que ça reste, sauf erreur de ma part, principalement Roderic qui compose?
Roderic: Oui ça se ressent nettement. L’apport des autres est présent à tous niveaux, écriture, arrangements, son.
Vos textes sont connus comme étant abstraits. Est-ce que la prise de quelconques stupéfiants, permettant d’atteindre ces fameux niveaux de conscience supérieure, peut expliquer cette «abstraction»? Les textes de votre prochain full-length continueront-ils sur ce chemin?
Didier: Non, pas vraiment. Comme je l’ai dit plus haut les envies ont changé. Pas mal de nouveaux morceaux vont à 2000 à l’heure, avec plein de riffs et de rythmes alambiqués. J’ai donc pris une direction contraire avec le chant: back to basics. Les paroles sont assez crues et directes. Je l’ai dit récemment en rigolant à Roderic: je suis le dernier gardien du minimalisme dans ce groupe.
Toujours au rayon des déclarations récentes, vous avez annoncé qu’une version LP de «Challenger» allait (re)sortir sur Division Records. Pourquoi avoir choisi ce label? Comment êtes-vous venus à travailler avec cette nouvelle équipe? Que représente pour vous ce label phare de la scène helvète? Un artwork différent est-il prévu?
Roderic: Il sort chez Division car ce sont eux qui nous l’ont proposé – en gatefold et heavy vinyl. Enfin s'il veut bien arriver ce putain de disque!! Ils semblent motivés et on se connaît bien puisque ce sont notamment des membres de Rorcal qui ont repris les commandes du label.
Toutes vos sorties sont (quasiment) sold-out et ont (souvent) fait l’objet d‘une réédition. Malgré cela, et la notoriété internationale que le groupe possède, est-ce encore difficile pour vous, techniquement et financièrement, de faire de la musique, de partir en tournée, etc.? Pensez-vous avoir atteint, pour le style musical «extrême» dans lequel vous évoluez, une sorte de «limite»? Comprenez par là que, sans compromis qui rendrait votre musique plus «accessible», un niveau de notoriété supérieur semble difficilement atteignable…
Nos disques sont sold out, du moins «Challenger», car les quantités n’ont jamais été énormes, pas la peine de fantasmer :) Knut est condamné à rester un groupe au «succès d’estime» et ça ne nous surprend pas. On n'a jamais eu d’ambition commerciale avec ce groupe et ça ne va pas changer. Pas l’ombre d’un hit single ou d’une partie «chantée» donc t’es pas près de nous voir chez Nagui ou sur VH1.
Je me décide, enfin, à conclure cette interview fleuve, je ne voudrais pour rien au monde être tenu responsable si le prochain album venait à sortir en 2012... Merci sincèrement d’avoir pris le temps de répondre à (toutes) ces questions… c’était un honneur de vous interviewer. En espérant que vous ayez pris un peu de plaisir à y répondre. Les mots de la fin sont à vous!
Incroyable, cette interview est terminée. Tu vas nous manquer.
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