4

BARONESS

Blue Record (2009)





Voici ce que j’ai pensé: L’ambition est devenue la seule et véritable vertu de notre époque, omettant ainsi, par un joli tour de passe-passe, toutes les autres… devenues à présent désuètes. La marginalité n’apporte que souffrance, et la souffrance ne conforte qu‘un peu plus la marginalité. Nietzsche, qui ne jouira jamais de la plénitude de l’oubli, l’avait que trop bien diagnostiqué: « Dans la solitude, le solitaire se ronge le cœur, dans la multitude, c’est la foule qui le lui ronge. Choisis donc! ». Le cul entre deux, trois, quatre… dix chaises. Incapable de renoncer à cette décrépitude généralisée par ces réseaux interconnectés, incapable de continuer le semblant dans toute cette invraisemblance. Et pourtant, il faut bien vivre ici-bas… Tout est usé, jusqu’au nerf de la vie, ce cordon cylindrique blanchâtre qui cédera d’une heure à l’autre à cause d‘un cancer généralisé incurable… Même ces mots, ces constats nihilistes devenus banals car généralisés et généralisables, ressassés par la multitude qui le soir, dans son lit, alors que l’ordinateur connecté à l’Internet se met en veille en émettant des ondes neurodégénératrices prochainement déclarées comme problème prioritaire de santé public; alors qu’une centrale nucléaire fissionne (ou fusionne… peu importe, tant que l’irrémédiable ne se produit pas) des noyaux atomiques pour leur permettre de pousser le thermostat de leur radiateur à onze sur dix; alors qu’ils digèrent des aliments imputrescibles qui seront interdits demain à cause des hémorragies intestinales qui leur feront chier du sang dans ce même lit; alors que la voix douce et suave de leur génitrice, à peine sortie d’une de ces usines neurochimiques pour esthétisme dans l’espoir d’atteindre l’immortalité sans même la vivre, embrassera sa progéniture condamnée sur le front en lui souhaitant quand même de faire de beaux rêves dans ce cauchemar quotidien; alors oui, après cette routine journalière sans lendemain ni sens, la multitude est persuadée, indéfectiblement, d‘avoir le monopole de la souffrance, d‘être l‘unique et seule personne où se presse tous les malheurs de ce monde déjà mort. Mais l’ambition est là, la sauveuse dissipera ce sentiment illusoire, et le pas sera franchis… oubliant ainsi, après coup, les petits tracas pubères qui n’étaient au final rien de grave, juste un constat illuminé, sûrement causée par… je ne sais quelle raison. L’ambition leur donnera désormais un sens à une vie qui n’en a plus.

Et voici ce que j’en ai pensé: pourquoi ne pas goûter, donc!, à cette ambition, clé manifeste de tous les maux auxquels les mots, eux-mêmes, ne suffisent même plus à décrire? L’aventure Falling Down par exemple. Falling Down II compilation distribuée dans toutes les FNACs et VIRGINs de France? D’Europe? Pourquoi pas. Du Merchandising Falling Down? Des… tee-shits en polyester, des sweats en polyurethane? Des serviettes de bain?! Des strings Falling Down homme et femme? Des sex-toys Falling Down, garantie 2 ans, satisfait ou remboursé? Pourquoi pas. Ou alors un festival Falling Down, en pleine montagne, coupé du cancer de la terre, entrée privée/substance illimitée? Un magazine Falling Down, traduit en 24 langues différentes, pressée à des dizaines de milliers d‘exemplaires sur du papier recyclé, imprimé en France? Pourquoi pas. Mieux encore, une chaîne mondiale de coffee-shop, implantée sur les cinq continents, partenaire d’une Organisation Non Gouvernementale qui lutte contre l‘économie souterraine et le trafic de drogues? Une compagnie aérienne Falling Down, cotée sur les principales places boursières du globe, sponsorisée par les multinationales (MTV, Myspace, MCM, etc.) soucieuses de l’art, et plus particulièrement de la musique, compagnie aérienne spécialisée dans le transport de musiciens/festivaliers aux quatre coins du monde? Pourquoi pas, si c‘est l‘unique solution pour tourner la page, en espérant que la prochaine soit mieux écrite. Et l’intégrité? La sincérité? L’honnêteté? À une personne qui m’interpellerai avec ces/ses concepts abstraits, je lui demanderai de patienter quelques minutes, le temps de prendre un dictionnaire, numérique, et de lire les définitions de ces mots… afin de me rappeler leur sens, de soigner cette curieuse amnésie. Souvenirs confus de quelque chose mais de quoi? Type de langage: vieilli, parlé dans l‘ancien français. À cette personne, si elle a été patiente, et si elle veut toujours entendre ma réponse, je lui répondrai, évidemment, de ne pas s’inquiéter, que cette curieuse fin justifie les moyens, qu’il faudra toujours casser des œufs, même si l’omelette se révèle être rance, âcre et… incomestible. Et puis, en me rassurant, je lui rappellerai, sourire au coin des lèvres et des dents photogéniques, que « l’ambition est devenue la seule et véritable vertu de notre époque, omettant ainsi, par un joli tour de passe-passe, toutes les autres… devenues à présent désuètes. ».

Voici ce que j’ai donc pensé: Baroness a eu trop d’ambition. Je ne pensais pas que le groupe allait décider de prendre la route (autoroute?) du succès, une voie rapide qui risque prochainement de bouchonnée quand on voit la quantité de groupe tentée de l’emprunter. Un formatage calculé en fonction d’attente grand public, un calibrage artistiquement grossier et économiquement plein de finesse, la déception l’emporte haut la main (invisible). Comme dans tout bon produit de consommation massive qui se respecte, l’emballage (signé John Baizley, très inspiré… mais par Alfons Mucha et l‘Art Nouveau, donc rien de très nouveau pour le coup) a été soigné. À un groupe qui me déçoit autant, je ne peux juste que mentionner ma déception, sans néanmoins me justifier étant donné l’énormité des dégâts: pas de temps à perdre avec ce Blue Record en justification évidente.

Read more
0

KNUT

Challenger (2002)



.Chaotique
.Hystérique
.Agressif
.Laminage
.Libérateur
.Epileptique
.Noirceur
.Gifle
.Extrême
.Rare

Véritable challenge(r) que de composer la suite de Bastardiser, les mecs de Knut mettront 4 années pour enfanter un digne successeur. Quatre ans, c’est long, très long… alors qu’on ne vienne pas après (me) faire chier pour les clichés. Quoi qu’il en soit, et même si l’attente à l’époque a dû être in-ter-mi-na-ble, Knut a réussi l’i-rré-a-li-sa-ble: faire mieux que Bastardiser.

Believe the unbelievable

Et pourtant… la carrière de Knut sera, à mes conduits auditifs, une grande et impressionnante montée en puissance: depuis Leftovers jusqu’à ce Challenger, tout a été poussé à son paroxysme, que ce soit la prod‘, la technique ou l‘ambiance (et même les artworks!). Le résultat? Une œuvre intemporelle, transcendante et inégalable: un chef d’œuvre. On peut évidemment se risquer à quelques rapprochements, le résultat d’une fornication sauvage et bestiale entre un Coalesce, un Keelhaul, un Nostromo et un Meshuggah. Improbable, nan? Certains ne l’auraient même pas imaginer, d’autres l’ont fait. D’un côté, ça fait des siècles qu’ils sont neutres, fallait bien qu’ils craquent un jour…

Il y a très peu de choses à jeter sur cet album. Outre l’interlude 58.788 (le nombre de Redbull qu’ils se sont enfilés pour le composer?!), tout a été pensé et composé pour que ça chie. Tous ces brûlots sont fait pour le live, une telle énergie se doit d’être partagée. Entre les furieux Repressed et Bite the Bullet, qui feraient jumper n’importe quel vieux avec son déambulateur, entre les schizophréniques Ice Will (putain la basse les mecs, cette putain de basse!), Whacked Out et El Nino qui commencent accélérateur écrasé sur le planché avant de terminer sur du malsain-dissonant-satano-démoniaque, entre l’incontournable hymne Neon Guide (à quand un passage sur les ondes hertziennes?!), le tétanisant et écrasant H-Armless et son cousin le suffocant et interminable March (attention d’ailleurs à la…), l’auditeur se fait maltraiter pendant plus de 50 minutes. Le chant de Didier ne sera jamais aussi bon que sur cet album, comme sur les cris inhumains sur la fin d’Ice Will. Roderic maltraitera ses fûts comme rarement il m’a été donné d’entendre un tel jeu de batterie. Les riffs alambiqués, venant de nulle part, sont justes inidentifiables par de simples mots! Des rythmiques démoniaques, une manière de riffer singulière, Knut prouve qu’on peut encore repousser les limites.

Certaines concordances apparaissent lorsque l’on compare la structure des albums Bastardiser et Challenger. Outre l’interlude posée presque à la fin de chaque album (respectivement Fungus Mat et 58.788), comme si le groupe voulait décliner toute responsabilité en cas d’un quelconque préjudice, d’ordre physique ou moral, causé par l’écoute de ces full-length, on retrouve ce désir de terminer l’album sur un long titre lancinant, hypnotisant, larmoyant, criant… une manière d’achever l’auditeur, en lui tirant une (dernière?) balle dans le genou (respectivement l’excellent Crouch et March).

On n’est pas le meilleur quand on le croit, mais quand on le sait.

L’apothéose d’une carrière exceptionnelle. Pas que le suivant sera moins bon… juste différent. Quelque chose a été entrepris dès Leftovers, Challenger en est la fin, la dernière page. Après cet album, c’est comme s’ils n’avaient plus rien à prouver, comme s’ils avaient enfin fait le tour de la question, pouvant ainsi expérimenter de nouveaux horizons… confiant. Tout est dit, un Challenger II aurait été inutile. La page est tournée… et un nouveau chapitre commencera avec Terraformer. Pendant que certains s’acharneront à essayer de retranscrire ne serait-ce qu’un dixième de la puissance, de la complexité de ce Challenger, le groupe continuera quant à lui son chemin, en tant que véritable pionnier.

En somme, et en tant qu’avocat, je te conseille d’écouter, de réécouter cet album fort, très fort, à en faire péter la membrane de tes haut-parleurs. Et surtout, « n’essaie pas de lutter, t’aurais des bulles d’air au cerveau, une rupture d’anévrisme… tu te ratatinerais et tu crèverais. » La messe a été dite… et tout le reste sera de la redite.


.caedes
CHRONIQUE:
Read more
1

ROSETTA

The Galilean Satellites (2005)



« Il est des expériences dont la plupart des hommes ont honte de parler parce qu’elles sortent du cadre de la réalité quotidienne et qu’elles se dérobent à toute interprétation rationnelle. » Albert Hofmann.

Je suis convaincu à présent qu’il m’est plus facile de dire du mal d’un groupe et/ou d’un album que de le « défendre ». Rosetta a été pour moi un électrochoc, l’électrochoc dont on ne se remet pas. Un groupe qui m’a permis de (re)pousser les limites de la perception, le genre d’expérience qui marque profondément un homme. Je n’ai, à l’accoutumé, pas de difficultés particulières pour m’exprimer. Cette chronique fait parti des exceptions à la règle… car avec eux, il n’y a plus de règles, de barrières ni de limites, tout vol en éclat. The Galilean Satellites est une expérience introspective ou les sens sont mis à rudes épreuves, une expérience qui frôle de très prêt la perfection. Comment oser prétendre à un brin d’objectivité avec ce genre d’album? Impossible de mettre de côté tout ce que je ressens à l’écoute de ce full-length.

Rosetta a ce don, cette aptitude innée de prendre l’auditeur par les tripes et de ne plus lâcher. The Galilean Satellites est continuellement sur le fil du rasoir, continuellement à frôler le point de non retour. Les hautes envolées soniques entraînent l’auditeur dans un voyage initiatique qui ira parfois jusqu’à lui donner le vertige. Très peu d’albums, au final, (me?) laisse ressentir ce type de sentiment, si ce n’est l’album Nord de Year of no Light. En ce sens, on peut parler de musique psychédélique, comme l’a définit Timothy Leary, « un voyage dans de nouveaux champs de conscience. La portée et la teneur de l'expérience sont sans limite, mais ses caractéristiques sont la transcendance des concepts verbaux, des dimensions d'espace-temps et du moi ou de l'identité ». Même les passages plus conventionnels, plus posés comme sur le morceau « Itinérant » ne sont pas pourtant synonymes d’immobilisme. Deux moments clés, sur les morceaux « Départe » et « Absent », seront les grands moments fort de ce premier album, permettant à l’auditeur de déclencher chez lui une expérience sensorielle exacerbée. On trouve là des sonorités singulières, notamment des passages de tapping proches d’un Russian Circles, qui permettent à Rosetta de ne pas être un énième ersatz sans personnalité. La comparaison avec Russian Circles peut d’ailleurs également être valable lorsque l’on se focalise sur les parties de batterie de ces deux formations: vifs, précis et bien plus complexes qu’elles n’y paraissent, elles apportent un considérable plus à l’aurore de ces morceaux. On ne tombe là jamais dans un registre qu’on pourrait qualifier de post-rock: beau mais pas chiant, transcendant mais pas ennuyant. L’évasion est le maître mots de cet album, entraînant un profond vertige hallucinatoire. Le chant hurlé, parfois sous mixé (chant qui sera encore plus noyé sur le Project Mercury (« Clavius ») et le Wake/lift), est à écouter non pas comme un élément externe aux sonorités des autres instruments, mais bel et bien comme un instrument en lui-même, dans le sens ou il est consubstantielle avec la musique et n’est pas là que pour meubler d’un quelconque manière les morceaux. Certains effets, jouant notamment sur les possibilités du stéréo, apporte un plus indéniable au morceau, notamment sur « Départe », premier morceau de l’album. La production, irréprochable dans ce style, et a fortiori pour cet album, permet de s’immerger totalement dans les hautes (atmo)sphères et d‘apprécier pleinement les compos du groupe. Cette dernière a été d’ailleurs, pour la petite anecdote, réalisée par le groupe lui-même (et plus précisément par le guitariste J. Matthew Weed) suite à une insatisfaction du mastering réalisé par Scott Hull (Pig Destroyer). Des perfectionnistes atteignant la perfection en somme. 
 
L’aspect épuré, volontairement, de certains passages s’annihilera dès l’écoute, simultanée, des deux CD’s. Reprenant en effet le concept des albums Times of Grace de Neurosis, et pour peu que vous arriviez à synchroniser tout ça simultanément, c’est une nouvelle facette de l’album qui est mis en exergue. Ces différentes COUCHEs sonores acCOUCHEnt d’une œuvre complexe et plus sombre que l’original. Ce travail, minutieux, de composition « à tiroirs » ne confirme qu’un peu plus l’immense talent que possède cette formation philadelphienne, et la virtuosité avec laquelle ils ont agencé tout ça. Conscient d’avoir enfanté en quelque sorte un nouvel album, le groupe sortira un DVD autoproduit avec un son adapté en 5.1 ou les deux cd sont mixés pour ne faire plus qu’un, DVD évidemment collector à présent puisque difficilement trouvable, pour ne pas dire impossible. 

« These songs are about a space man »

L’album, sorti chez Translation Loss comme toutes leurs autres productions hormis leur Split avec Balboa, a été édité une première fois en version digipack en 2005, et une deuxième fois en 2006 en jewel case cette fois-ci. C’est l’incontournable Aaron Turner qui s’est occupé de l’artwork, particulièrement réussie avec ces différents aspects métalliques argentés. Une, magnifique!, version LP sortira  via Translation Loss, E-vinyl records et Radar Swarm records.

En somme, un album d’une rare intensité continuelle, émouvant, transcendant… et déstabilisant à certains moments. Rarement il m’a été donné d’entendre quelque chose d’aussi pure et de céleste. Un concentré d’émotions qui ne peut, en aucun lieu, laisser de marbre un quelconque auditeur. Un premier album à classer d’hors et déjà sur l’étagère des « masterpiece », et même si la suite avec, entre autre, Wake/lift, sera de très haute qualité, le groupe n’égalera jamais, à mes yeux, ce premier effort. Magistral.  

Read more
0

KNUT

Bastardiser (1998)



Avril 1998... une humble décennie, qui plus est la première, de passée pour l’humble chroniqueur qui rédige humblement ces quelques humbles lignes. À l’époque, j’assimile sans trop d’accrochages les préceptes moraux qui feront de moi l‘être « hypersocialisé » qu’il faut que je sois. Je mange ce qu’on me dit de manger (du savoureux chocolat s****e Nestlé pour Pâques), je regarde ce qu’on me dit de regarder (l’ingénieux Mac Gyver et son couteau s****e), je rêve à ce qu’on me dit de rêver (une Rolex s****e autour du poignet d‘ici quelques années?) et j‘aspire à ce qu‘on me dit d‘aspirer (un job dans la finance… pourquoi pas banquier (s****e)?). Un brave gosse en somme… Une jeunesse sans accrochage, un simple rouage interchangeable de plus dans cette mégamachine vouée à je ne sais quel objectif diabolique. Le monde dans lequel je vis, huilée comme une horlogerie s****e, est soyeux, cotonneux et mielleux… rôder(ic) comme jamais.

Mais, supputation comme une autre, imaginons à présent un cours instant que cet humble chroniqueur, en déballant ses cadeaux pour son anniversaire, ne découvre non pas le premier album des « rappeurs celtiques » (?!?) de Manau, « La tribu de Dana » (on me signale à l’oreillette que ce sera également… le dernier), ni la cassette VHS de l’excellent film d’auteur « Mary à tout prix », d‘une profondeur érudite rarement égalée… mais bel et bien autre chose: un objet diabolique. Un CD digipack noir, ne payant certes pas de mine (Elvis, si tu me lis…) mais affreusement intrigant. Seulement quatre lettres blanches, certes pas de quoi cartonner à une partie de Scrabble…, qui auraient pu résonner comme la fin du tableau idyllique brossé en exergue de chronique. Imaginez moi à présent, du haut de mes 10ans, entrain d’enfourner ce compact-disc dans mon petit poste radio, habitué jusqu’alors aux artistes contemporains d’obédience… « boys band ». Imaginez moi entrain de découvrir les premières notes de « Crowling on All Fours » les yeux et oreilles écarquillées… et imaginez moi à présent en pleine crise d’épilepsie, suffocant contre la moquette de ma chambre, transpirant à grosses gouttes, en nage… me demandant qu’elle pouvait bien être ce bruit inaudible craché par mon petit poste radio qui ne m‘avait jusqu‘alors jamais fait un coup pareil. Une expérience comme celle-ci aurait à coup sur bouleversé cette jeune vie préfabriquée: j’aurais sûrement dans un premier temps sombré dans la drogue, tué mes parents quelques semaines plus tard pour me payer du L.SSSS.DDDDD avant de baiser des animaux morts, mon douzième anniversaire à peine franchis. Et à qui la faute dans cette histoire, hein? Si seulement une étiquette « Parental Advisory » avait pu être collé, le drame aurait évidemment été évité…

L’histoire écrite supra provient entièrement de l’esprit racorni de son auteur, ou tout du moins de ce qu‘il en reste. Toutes ressemblances avec des faits réels, même latentes, ne seraient que pur coïncidence fortuite. Le rédacteur de ces quelques lignes tient à préciser qu’aucun animal, vivant ou mort, n’a été maltraité pour les besoins de cette chronique, chronique qui, je vous l’accorde et après cette petite mise en bouche, va enfin pouvoir débuter.

Trêve de connerie en somme. Vous l’aurez compris, cet incontournable « Bastardiser » n’a pas emprunté mes conduits auditifs dès sa sortie… mais bien une dizaine d’années plus tard. Il est certain que ce style d’album, et a fortiori ce style de musique, n’est pas fait pour les novices: un tel concentré de violence malsaine et de chaos aurait très bien pu entraîner les effets (escomptés?) écrits un peu plus haut sur le non-initié. Il faut dire aussi que, à l’époque, pendant que certains couraient étonnamment après un seul ballon, quelque chose se passe, indubitablement dans le monde de la musique. Pour le groupe Knut, évidemment. Cet album sera leur premier pas dans la cour des grands, une bombe lâchée sur la scène internationale d’un jeune groupe Suisse, pays qui, sauf quelques rares exceptions, était plus connu jusqu’alors pour ces clichés (cf: extraits de début de chronique) que pour sa scène de musique extrême. Et puis, de manière plus globale, 1998 est une année charnière, pour preuve, on aura le droit à de véritables pépites: entre le From here to Eternity d’Envy, l’excellent Beyond Hypotermia de Cave In, les colossaux Give Them Rope et Functioning On Impatience des non-moins colossaux Coalesce, l’American Nervoso des cultes Botch ou encore le When forever comes Crashing des légendaires Converge… sans compter la bombe Calculating Infinity des malades de DEP qui sortira l’année suivante, cette fin de siècle s’annonce comme le paroxysme des musiques « hardcore non-conventionnelles ».

Leftovers, sorti l’année d’avant et considéré par le groupe comme leur premier full-length, est à considérer comme les prémisses de Bastardiser: plus poussé et plus travaillé, l’identité atypique de Knut débutera véritablement avec cet album. Des riffs sortant de nulle part, c’est un putain coup de pied qui est envoyé dans la scène hardcore internationale, alors en pleine mutation. Les structures se complexifient sans pour autant faire un quelconque compromis: le chant de Didier (qui atteindra des sommets sur le suivant) y accentuant la puissance des morceaux. La basse vrombissante particulièrement mise en avant, une des caractéristiques du son Knut, ne fera pas dans la demi-mesure. Malgré ce concentré qui a du à l’époque faire tourner pas mal de tête, le groupe s’est se poser quand il faut, apporter un peu de répit à son auditeur, installer une aurore/ambiance personnelle à son disque, comme sur l‘instrumental Fungus Mat.   

Écouté avec le recul que j‘ai, cet album ne me procurera malheureusement jamais les effets qu’il a procuré aux personnes qui l’ont écouté à sa sortie. Pas que le skeud est mal vieilli (la prod’, sans atteindre celle du Challenger, n’est pas préjudiciable), c’est juste qu’il y a tellement de groupes qui ont (re)pris le chemin amorcé par Knut, groupes que j’ai malheureusement écouté avant Knut que… l’effet de surprise lors de ma première écoute de ce Bastardiser était forcément moindre. Mais ce recul, le fait de (pou)voir (voir) comment le groupe a évolué par la suite, n’a pas que des inconvénients. Le jeu de batterie de Roderic par exemple, même si déjà excellent sur cet album, va considérablement monter en puissance sur les deux albums suivants, pour atteindre quelque chose d‘amazing (rien de tel que d‘angliciser un peu cette chronique…). Plus subjectif, mon morceau préféré de ce skeud, outre la tempête The Whip (qu‘on retrouve d‘ailleurs, version live et pied sur l‘accélérateur, sur le Split 3-way 10" avec Botch et Ananda avec 20 secondes en moins sur le compteur!), est sans aucun doute Crouch: dernier morceau de la galette, même s’il n’est en rien représentatif de ce Bastardiser, ce riff hypnotico-malsain-satano-démoniaque revenant en boucle, inlassablement, éveille en moi des envies incoercibles de… de rien.

Bastardiser est un grand album, dans le sens ou il a ouvert un sillon dans lequel beaucoup de groupe se sont lancés (écoutez Merge bordel!). Il fait parti de ces albums qui font avancer la musique, ces rares albums qui permettent de faire évoluer les musiques extrêmes et empêchent ainsi la redite. Ce n’est peut être pas l’album de Knut que j’écoute le plus fréquemment, mais quand on a à l’esprit ce qu’il représente dans la carrière du groupe et dans le milieu des musiques extrêmes, l’anglicisme masterpiece me semble des plus adapté. S’il n’existe pas de recette miracle pour enfanter ce style d‘album, nul doute que le fait que le groupe écoute des musiques d’horizons variées n’est pas qu’une simple coïncidence. Cette hétérogénéité a permis au final d’enfanter ce monstre hybride, monstre qui enfantera à son tour une chiée d‘ersatz. Le groupe helvète, malgré un changement de line-up avec le départ de son bassiste originel, ira encore plus loin avec le suivant, Challenger, « comme si la tendance était de repousser toutes limites ». Respect.

.caedes

Read more
0

GNAW THEIR TONGUES

For All Slaves... A Song Of False Hope (2008)




''S'il est un homme en droit de haïr et de mépriser le monde, c'est bien moi, mon oeuvre respire à la fois la haine et le mépris que je lui porte, cela la met au rang des oeuvres ascétiques.'' Caraco.

''Nous sommes restés à présent tellement aveugles que nous aimons d'amour ceux qui persistent à nous égarer, nous leur pardonnerons toujours malgré leurs crimes et leurs fautes, nous adhérons toujours à leur enseignement absurde et nous marchons sous leur houlette comme s'ils fussent des bergers et nous, de méprisables animaux. Et pourtant ils nous conduiront au précipice, ces hommes infaillibles et que nous réputons divins, voilà des générations qu'ils se méprennent et nous nous refusons à le comprendre, nous leur sacrifions nos intérêts et jusqu'à notre honneur, nous leur immolerons bientôt notre avenir, l'Histoire connait peu de folies aussi prononcées.'' Caraco.
 
''A quoi bon désormais prêcher les sourds et désabuser les aveugles ? Les empêcherons-nous de persévérer dans le mouvement qui les emporte ? Nous allons droit à l'avenir le plus horrible, cet avenir préludera du jour au lendemain, nous nous y trouverons plongés sans même entendre ce qui nous arrive, il ne nous restera plus qu'à mourir désespérés en l'univers inhabitable. Les hommes se faisaient la guerre pour la possession du sol, ils s'entr'assommeront demain pour accéder à la possession de l'eau, quand l'air nous manquera, nous nous égorgerons afin de respirer au milieu des ruines.'' Caraco.

''Les animaux ne connaissent pas la misère, car ils ignorent la hiérarchie et l'exploitation, seul l'homme est capable de tant de mépris de soi. Toute la charité du monde ne fait qu'en souligner la misère, et la rend plus révoltante encore que l'absolue détresse. Devant la misère comme devant les ruines, nous déplorons une absence d'humanité. [...] La présence de la misère ici-bas compromet l'homme plus que tout, et fait comprendre que cet animal mégalomane est voué à une fin catastrophique. [...] L'injustice constitue l'essence de la vie sociale.'' Cioran.

______________________________________________________________________________________

''Gnaw Their Tongues est sur le réel des choses dans ce monde. Pas de fiction, juste la véritable horreur.'' Mories.

''La plupart des personnes sont aveugles à ce qui se passe à l'intérieur de leur propre esprit ou à l'extérieur dans le monde. J'essaie de ne pas l'être. J'essaie de ne pas réprimer la pensé ni l'émotion.'' Mories.

''Je pense que le monde/les gens sont vraiment la merde et ma musique reflète cela. C'est conçu pour être affreux, oppressif, dépressif, beau dans toute sa dépravation, violent, hors de contrôle. Je suis sans cesse fasciné par la nature humaine et la façon dont la 'civilisation' s'écroule en quelques secondes.'' Mories.

______________________________________________________________________________________


'Pour tous les esclaves... Une chanson de faux espoirs.' Le ton n'est-il là déjà pas donné ? Les illusions ne sont-elles déjà pas écrasées comme de vulgaires putains infiniment méprisables ? Mais alors que dire de l'album, la musique en elle même... Bien pire qu'un chemin de croix, c'est une insoutenable retranscription de la réalité, son créateur le dit lui-même, il s'inspire des gens, de ce qu'il voit, de ce qu'il se passe, de ce réel toujours plus indescriptible et insensé chaque jour qui passe. Alors forcément, si on prend le recul nécessaire pour exprimer des sentiments à l'égard de telles choses, on en arrive au paroxysme de la torture mentale, à l'accablement ultime de toute une civilisation. Alors qu'on remarque le goût prononcé pour le chaos, pour l'écroulement, de bien des groupes, à la fin de leur album ou de leurs chansons... Ici, c'est dès les premières seconde que la musique sonne comme un achèvement asphyxiant. Ça nous laisse alors entrevoir la suite...

Éprouvant, suffocant, laborieux, austère, violent, irrespirable, excessif, terrifiant, extrême... Gnaw Their Tongues est un supplice, une affliction, une amertume inégalée, une exécution. On ne peut pas en sortir indemne. Comme de ce monde, j'allais dire... 
 
Pour atteindre les sommets, éteindre toutes lumières apparentes, s'allonger paisiblement, mettre son casque audio et être prêt à en découdre avec cette envolée foudroyante. S'en suit une vague apocalyptique, je ne saurais définir précisément ces pensées qui nous traversent l'esprit et ces ressentis tous plus insoutenables les uns que les autres:


.Le ciel bleu s'évapore lentement, au profit d'un noir intense, et ce n'est pas une pub pour nescafé. La terre tremble, je descends. Je me fait happer par un sol qui m'engloutit, la brume épaisse se rapproche de moi, les paysages disparaissent, l'air n'est plus, l'espace n'est qu'un vaste souvenir, et ce noir s'est définitivement retourné contre moi. Ca y est, je suis déjà mort. Moins de 5 minutes après les premières sonorités d'un espoir bien déchu... C'est étrange, l'au-delà... 
 
.Mais pris dans une peur panique, on se réveille, l'obscure est toujours là, et on se promène d'un noir dense d'une vision larmoyante, à la découverte de notre monde. 'L'inconfortable silence entre les coups' ?! On se fait supplicier par une terrifiante armées de sonorités malveillantes et toutes plus intolérables, des cris qui feraient pâlir un cadavre, des détails bien placés qui feraient frissonner un éléphant, et des scènes de tortures entre quatre murs, du sang qui n'arrête pas de se déverser lentement jusqu'à épuisement des stocks.

.Et puis c'est tout à coup l'heure de recommencer, comme si tout cela ne suffisait pas, comme si on avait pas mériter notre mort, comme s'il en fallait encore plus... AAHHH. Agonisant. Regarder tomber. Évanoui. Criser. Le monde se détruit sous mes yeux, des scènes infernales et inadmissibles se produisent et reproduisent jusqu'à rager d'un sentiment encore jusque là jamais découvert et qui reste inconnu. Mélancoliquement frénétique. Passionné. La grêle de nucléaire naturelle chimique s'abat sur une ruine qui n'attendait que le déluge. Ainsi soit-il, crièrent-t-ils sous les ponts.

.Mais voilà que le désastre veut revenir se venger. Il fait froid. C'est putain de terrible. Le son glaçant laisse présager d'extrêmes machinations tout près. Mais tout ceci ne se finira pas sans finir tout ce qui puisse être fini. Je glisse, merde, j'ai plus pied ici. Je me noie, le chaos se rapproche, tu l'as fait provoquer. Alors je n'ai plus qu'à me laisser faire. Détendu, comme si j'avais pris du xanax ou autres anti-''dépresseurs'' fermant les yeux...

.Mais très vite, nous revenons dans le feu de l'action. Tout brûle autour, la pression se fait terrible, c'est bon, c'est là, c'est maintenant. Nos pires cauchemars de jeunes enfants surgirent en une réalité flagrante et affligeante. On adhère au saignement et à la disparition de toutes pensées, du soi, de tout. Enfin. Mais alors qu'on s'apprête patiemment à recevoir le coup de grâce final, le sang qui ne coule plus, l'assèchement ; on est maintenu sous une constriction, une poussée effroyable et fantastique. On regarde nos membres cérébraux se faire scier devant nous. Putain je savais que ce monde était à ce point tortionnaire et injuste, mais là... AAAH ! Putain Dieu, fils de pute.

.AAAH NOONN !! Pourquoi ?! Un cataclysme, une tornade m'emporte. Ais-je tant affabulé que ça ? Encore, encore, encore... Tout recommence, les mêmes choses, décuplé au centuple. Aucune chance de se tirer de là, aucune chance d'espérer tirer une moindre ficelle de partielle bleu. On est lacéré et tailladé. On est à eu pour notre argent, on a eu pour notre inhumanité, on en a eu pour nos pensées, on en a eu pour notre vie... C'est simple, il n'existe pas pire. Simplement... Ah putain j'entends encore l'autre salope crier pour un ongle mal vernis ! Je me noie, j'admire ces esclaves devenus squelettes. Je me repose. Je défile au milieu du chaos, au milieu de cette chère vie qui apporte tant et qui sert à rien, mais fait tout. Un dernier cri... Je l'aimais, pourtant.

Stay Hard
 
Ainsi soit-il. Une telle décharge de violence n'est pas humaine, elle ne fait pas partie des fondamentaux exigés pour paraître ici bas, sur terre, mais il faut bien ce résigner au fait que les transformations subitent et ce désir sans cesse de marcher en avant, à la recherche d'un ultime matériel, ambitieux et dénaturé, foie religieuse d'un système et d'une société plongés dans l'excrément malsain, a fait d'une innocence un chemin de croix que même nos pires cauchemars n'ont jamais imaginé, car ils sont eux-aussi soumis au funeste sort de l'oubli et de la machination. Gnaw Their Tongues est ton miroir perdu.  
Le martyre est fini et il n'y a maintenant plus d'issue. Gnaw Their Tongues coule au fond de tes yeux.  
Il y a difficilement meilleur thérapie pour apercevoir tout le charme de la vie, ressusciter un semblant de lucidité, de réalisme, auxquels le monde aurait tant besoin, pour souffler, respirer...
''Car à tout prix il faut empêcher ceux qui ont trop bonne conscience de vivre et de mourir en paix.'' Cioran.

Read more
0

THE MARCH

Dead Ends and Blind Spots (2009)




Je ne sais pas si j'aurais la force d'aborder tous les thèmes où j'aimerais expliciter quelque peu certaines choses d'ordres logique et profond, bref... A l'heure où les moyens de communications se multiplient, où nous sommes dépassé, débordé, dans un tas de domaines innombrables, où l'opinion réaliste et réfléchie, celle qui demande une forme d'investissement personnel et non, comme partout, même dans l'art où pourtant PUTAIN, la création, l'imagination et la réalisation doivent venir de nous-même, de quelque chose de profond, seulement et simplement, et qu'on robotise avec des écoles et des techniques, des ORDRES qui dénaturent totalement l'essence même artistique, est bafouée et renvoyée à la valeur la plus insignifiante soit-elle. C'est compliqué de suivre le fil, je te l'accorde mais je vais, gentiment, répéter. A l'heure, donc, où toutes ces choses énoncées ci-dessus et bien plus encore sont en train de nous rendre complètement dépossédées d'esprit, j'ai accepté cette chronique de The March.


Emouvantes émotions, je rentre furtivement dans le cercle journalistique... Non pas que ce soit mon premier skeud à critiquer, mais la première fois que j'en chronique un que je n'avais pas vraiment choisi/prévu. Je ne pensais pas consentir d'en recevoir pour en parler, susciter une attente, une pression, même, infime soit-elle. Et puis merde, j'ai dit oui.


Vous vous en foutez, c'est probable, c'est sans importance, c'est probable également. Mais je veux, par cela, résumer deux choses. Tout d'abord, que je pense que je vais pour une plupart majorité excessive du temps, rester dans ce que je choisirais, et quoi qu'il en soit, j'essayerais d'en dégager ce que je ressens, personnellement et profondément, en m'imprégnant clairement des sonorités. Subjectivement aussi, oui. Ensuite, et c'est d'ailleurs sans doute le plus intéressant dans le cadre de ce dont pourquoi je suis entrain d'écrire ces lignes, j'ai choisi ce premier EP de The March car j'en avais déjà vaguement entendu parlé, ou, aller bon... J'étais passé sur la page myspace... Et ça sentait, en quelques minutes/secondes d'écoute... Le POST-HARDCORE. TYPIQUE. De Lille. Oui. Musicalement. Visuellement. Tout... Si si, ils ont osé...
Alors oui, curieusement (ou non), j'ai voulais voir ça de plus près.


Véritable enlisement dans des travers non fluctueux et dénués de passion auditive louable ou bien espoir d'une approche fructueuse où l'on peut glisser dans le gouffre si on y met les pieds un peu trop près du bord ? La première chose à retenir est sans doute la qualité du son. Il n'y a aucun doute la dessus, c'est nickel... Le groupe aurait sortie ça il y a 4/5ans qu'il aurait attiré vers lui une attention supérieur non négligeable, mais, nous avons encore ici à faire avec des victimes de leur temps, la mode est passée, remplissez les caves, jetez tout, dégagez moi de la vue ces putains des Cds, le Post-Hardcore c'est de la merde, j'veux être hype... Pauvre petit con.

''Je vois des putains dans les rues.''


Décortiquons donc l'entité en détail... Première chanson, premières notes... Merde les mecs, vous n'avez pas repris ''The End'' quand même ? On va pas se mettre dans l'impasse tout de suite ? Et bien non, on va d'abord commencer par fixer les bases. Bon il vous faut savoir que mes petites enceintes ont craché quelques fois ce son et que je peux me permettre un certain recul dont j'aurais peut-être fait abstraction à la première écoute, mais, bien qu'il y ait du classique et encore du classique, je ne peux pas affirmer que je n'aime pas ce ''Find Some Rest''. Ah merde, ça me pose problème, pour qui je vais passer moi dans les rues lyonnaises (françaises?) si je défends ce genre de musique hein... Ah, mais j'oubliais que j'en ai rien à foutre, bon, ça va alors... Donc, ah oui, vraiment cool cette première track, un condensé de plusieurs bons aspects du genre, une touche de Screamo qui dérangera bien celui qui veut critiquer, enfin une mise en bouche réussite - et avec cet hommage aux Doors ? Je ne pense pas en avoir trop pris pour le coup... Bref. La deuxième sonne bien, rien à dire... Et justement, trop rien à dire... Ca s'écoute, mais il manque cruellement la petite touche inspirée bien trouvée qui fait que... La voix est un peu trop monolithique, la chanson trop plate et/ou pas assez récurrente pour s'enfoncer. Je ne vous cite donc pas le titre, c'est comme ça. Comme ces lignes sont déjà extrêmement décousues, je vais également traité l'EP dans le désordre, ça amenra sans doute à une osmose homogène... ''Les monstres que nous avons créé'' Pour traiter d'un tel sujet concrètement, il aurait fallu une discographie entière, et des pages et des pages... On va se contenter néanmoins de 8 minutes 32 secondes, plutôt agressives en dépit de passages calmes. Un apport nettement plus Screamo et une approche basique (C'est calme, ça pète, répit, ça repète) ne font forcément pas de bien à l'originalité mais néanmoins la chanson tient debout, le son toujours nickel, ça s'écoute, plusieurs fois. Et ça peut même procurer des émotions, n'est ce pas magnifique... Bon, les paroles aident. Mais une haine se fait sentir. Profonde. ''Je vois des putains dans les rues''. JE VOIS DES PUTAINS DANS LES RUES. Ca t'apprendra tiens... Monstre.


Le dernier souffle n'est pas assez agonisant, beaucoup trop clair, pas assez poussé, et pourtant les paroles, elles, viennent clairement claquer à ta gueule, mais musicalement, l'achèvement n'est pas atteint, en tout cas très loin de son gouffre. Une chanson pourtant des plus correctes. Trop propre peut-être... (''A Last Breath'')


Je voulais, enfin, écarter cette chanson de ce paragraphe ci-dessus, et même de l'EP. ''Ancient Seed'' est sans aucun conteste le morceau le plus abouti et réussi. Une marche vers le chaos, vers l'enfer, consentant et abruti. Ca fait mal... Et bien, oui, ça fait mal. On marche clairement d'un pas égal vers l'impasse et les zones aveugles de l'existence, trainé la peau à vif sur un sol rugueux et coupant. Hélas... Hélas ? Hélas oui, je dois en placer un, à mon grand regret... Ca manque de récurrence, de continuité, je ne sais pas, peut-être ont-ils voulu trop bien faire... Le passage central est si court... Je l'aurais bien entendu quelques longues autres minutes supplémentaires, et ça aurait surement changé le statut, à mes yeux, d'excellent morceau, à morceau incontournable.


A l'heure où tout s'écroule donc, The March essaye avec difficulté de porter encore un peu plus longtemps le mouvement Screamo/Post-Hardcore, et finalement, il s'en sort très bien. Je ne sais pas quels sont les critères de jugements, je ne sais pas s'il ira vers le noir ou vers l'émo et sa perte, je ne sais pas s'il continuera à subsister, mais il y a quelque chose à faire, il y a de quoi continuer et se personnaliser. Cet EP montre des esquisses d'originalités encore trop dispersés qui ne demande qu'à prendre le dessus, comme on le retiendra sur ''Find Some Rest'' et ''Ancient Seed'', piliers essentiels du disque.


Et si on disait Hard ?


Je terminerais sur le fait que les personnes non-encore atteintes d'allergies musicales, de troubles obsessionnels compulsifs musicaux, devraient se pencher, par curiosité tout du moins, sur The March.
Ce qu'il adviendra ? Libre expression...

/.
Read more
0

BURIED INSIDE

Interview (2009)




Allez, je l’avoue, larme à l’œil, nous étions en contact avec Buried Inside il y a quelques mois, afin de voir si une possible participation au vol.2 était envisageable. Le groupe était okay, mais c’était juste, a priori, impossible que ça puisse jouer pour un morceau inédit… et merde, vraiment. Plein d’optimisme, on a donc préféré remettre ça à une (possible) prochaine fois. Tout n’a pourtant pas été perdu puisque le groupe nous apprend qu’un de ces membres parle français: chouette occasion pour ce qui aurait pu être une chouette interview. Si cette opportunité m’a permis de ne pas passer des heures interminables à traduire ses réponses, il apparaît « dommage », après coup, que la barrière de la langue ait freiné son inspiration. Quoi qu’il en soit, et peu importe, (re)penchez vous sur ce groupe: si le dernier album en date ne fait pas l’unanimité, les précédents, eux, mettent de loin tout le monde d’accord!

1.      Tout d’abord merci d’avoir accepté cette interview et de t‘exprimer en français, ça va m’éviter de longues heures de traduction sur Google!  Inutile de préciser que le lecteur sera compréhensif à la lecture de tes réponses. Pour commencer, avez-vous ressenti de la pression pendant la composition de « Spoils of Failure »? Suite à la sortie de « Chronoclast » sur Relapse, beaucoup de gens étaient impatient d‘entendre des nouveaux morceaux de Buried Inside…

Steve – Pas vraiment, nan. L’idéal serait de composer assez rapidement, mais dans la réalité notre méthode de composition ne fonctionne pas comme ça. La seule pression que nous avions est d’écrire un album qu’on aime, rien de plus.

2.      Il est certain que cet album risque de déstabiliser certains de vos auditeurs… Est-ce difficile pour un groupe de développer une nouvelle facette de sa musique quand il sait qu’il est (re)connu pour jouer tel type de musique?

Steve – Je ne pense pas. Notre processus de composition est difficile et long, et pourtant nous n’essayons pas de prédéterminer nos morceaux ou de mettre en place une nouvelle facette de musique. Tout ceci est vraiment quelque chose pour nous de très naturel…

3.      Mike (ton batteur) a justement déclaré dans une interview que votre évolution musicale n’était pas intentionnelle mais naturelle. Comment expliques-tu ce besoin de composer des titres plus lourds et lents?

Steve – Je suis évidemment en accord avec Mike, notre évolution musicale est loin d’être intentionnelle, ça a toujours été quelque chose de très naturel. Ce nouvel album est le résultat de cinq mecs, qui font une musique qu’ils aiment. Nous espérons juste que les gens seront aussi réceptifs que nous le sommes…  

4.      Vous m’avez toujours mis sur le cul au niveau des concepts développés à travers vos albums. Qu’en est-il alors pour ce « Spoils of Failure »?

Steve – Spoils…a des concepts très variés. Des thèmes comme le langage, la technologie, l’accès à l’information sont des choses que nous avons voulu mettre en avant dans les textes de nos compositions.

5.      La nouvelle a fait pas mal de bruit… Tout le monde sait que vous avez travaillé cette fois-ci avec Kurt Ballou! Pour le commun des mortels, ce mec est juste une légende! Comment s’est passée votre collaboration? Que représente pour vous cet homme et son groupe Converge?

Steve – C’était vraiment excellent de travailler avec Kurt! Ce mec est quelque un de  très calme et relaxé, peut-être trop relaxé d’ailleurs quelque fois! (rires) Les sons qu’il a produit, pour tous les instruments, est à mon avis la première impression que te laisse “Spoils…”. C’était très cool de travailler avec Kurt, nous avons écouté Converge pendant plus de 13 ans, presque depuis que Buried Inside existe en fait...
   
6.      Même s’il est encore tôt, penses-tu que « Spoils of Failure » soit une parenthèse dans votre discographie ou avez-vous l’intention de continuer dans cette voie? 

Steve - Je pense que nous avons l’intention de continuer dans cette voie, oui.

7.      Vous étiez venus pour la première fois en Europe après la sortie de « Chronoclast ». Quelles sont les différences majeures entre une tournée européenne et une tournée américaine, notamment au niveau des conditions?

Steve – L’hospitalité en Europe est bien meilleure je trouve, c’est comme la nuit et le jour. L’Angleterre ressemble peut-être plus aux Etats-Unis et au Canada, mais le continent européen, dans son ensemble, est vraiment quelque chose de fabuleux. L’appréciation de notre musique n‘est pas la même aussi en Europe, nous avons l‘impression de toucher un peu plus les gens ici.

8.      Tu m’as dit qu’une tournée européenne allait avoir lieu cette année, en septembre/octobre a priori. Qu’en est-il pour le moment? Connais-tu déjà certains aspects de cette tournée ou il est encore trop tôt?

Steve – La tournée européenne aura lieu en novembre oui. Probablement pour 4-5 semaines, et probablement avec un groupe américain aussi (ndlr: ce sera Tombs, également chez Relapse, qui va accompagner Buried Inside sur cette tournée).

9.      Vous semblez être particulièrement attirés par l’Europe puisque, sauf erreur de ma part, vous aviez déjà essayé de venir ici avant même d’avoir signé votre deal avec Relapse. J’imagine que vous devez faire pas mal de sacrifices pour partir sur ce type de tournée. Quel est la difficulté majeure que vous rencontrez?

Steve – La grande difficulté est évidemment l’argent, et tout ce que ça comporte. Nous sommes loin d’être riche, ou de vivre de notre musique. Ce genre de plan ne peut se faire qu’après avoir fait des sacrifices.

10.  Quels regards portez-vous sur vos deux premiers albums? Est-il envisageable de les entendre encore en live?

Steve – La premier album est vraiment très vieux, “Suspect Symmetry” a des moments très bien mais aussi des moments plus « incomplets » et difficiles. Live, nous n’avons presque jamais jouer un morceau de ces albums.

11.  Votre album « Suspect Symmetry » est à mes yeux et oreilles une véritable masterpiece! Il y a une réelle réflexion à travers les paroles et les citations présentes dans le livret! Avez-vous eu des retours là-dessus, concernant les thèmes abordés? Avez-vous eu l’impression que le message soit passé?

Steve – Je pense que nous avons toujours après les shows des retours, la plus part du temps pour Nick. À une petite échelle, je pense que oui, le message qu’on voulait faire passer à toucher quelques personnes.

12.  Aussi bien sur « Suspect Symmetry » que sur « Chronoclast », il y a un engagement… que ce soit politique ou philosophique. Êtes-vous tous du même avis et sur la même longueur d’onde ou les propos appartiennent plus à votre chanteur?

Steve – Généralement nous avons le même avis, mais il peut arriver aussi que, spécifiquement, ce soit les idées précises de Nick. Mais outre quelques exceptions, nous sommes très souvent sur la même longueur d’ondes, ce qui facilite beaucoup de choses.

13.  On peut lire/entendre sur le morceau « Terrortourismology » le passage suivant: « Tourism; Terrorism, is there always a difference? ». J’avoue ne pas avoir cerner correctement le message de ce morceau. Tu peux nous en dire plus?

Steve – C’est l’idée que l’industrie de tourisme, dans de nombreux cas, n’est pas productive pour les résidents d’un pays, voir même quelque chose de très négatif. L’américanisation des régions moins développés a des conséquences culturelles, mais aussi financières, très lourdes. C’est vraiment quelque chose que tout le monde devrait prendre en compte avant de planifier ses vacances.

14.  Êtes-vous proches et/ou intéressés par des mouvements tel que l’anarcho-primitivisme? Des auteurs comme John Zerzan remettent en cause l’idée de progrès (« Progress is Dead & Death is Progress »), le concept de « temps » et ses répercussions sur nos vies (présent sur « Clockwork [Birth of the Chronophile] » et votre album « Chronoclast »), ainsi que le langage et les chiffres.

Steve – C’est quelque chose qui intéresse beaucoup plus Nick que nous autres. Mais nous ne pouvons pas dire que nous sommes proches d’un mouvement comme l’anarcho-primitivisme. La plupart des concepts des lyrics sont abordés pour qu’il y ait une prise de conscience publique. Après, nous ne sommes qu’un groupe de musique: on crie juste les idées, nous n’avons pas de véritables réponses à toutes ces questions.

15.  Vous êtes également contre la technologie… ou tout du moins, vous en soulevez les limites, et ce particulièrement sur l’album « Chronoclast ». Quel est votre/ton avis sur Theodore Kaczynski, technophile considéré comme « terroriste »? Le fait qu’il ait eu recours à la violence vous empêche-t-il de vous intéresser à ses différents écrits?

Steve – Nous ne sommes pas contre la technologie, pas du tout. Nous pensons juste qu’il y a des limites. Unabomber a envoyé des bombes par la poste pour marquer son point de vue, il y a des limites avec ça aussi, ce moyen d’expression, beaucoup de limites. Désolé pour ma réponse un peu générale mais c’est un peu difficile pour moi d’expliquer tout ce que je voudrais en Français… (rires)   

16.  On retrouve de nombreuses citations dans vos différents livrets, comme pour appuyer vos propos. Quels sont les auteurs qui font l’unanimité au sein du groupe?

Steve – Je ne sais pas. Je ne pense pas qu’il y ait un auteur qui fasse l‘unanimité dans le groupe. Je dirais peut-être Palahniuk ou Gary Larson.

17.  Je ne connais malheureusement très peu de groupes canadiens à part vous. Quels groupes peux-tu nous conseiller?

Steve – Il y a pleins de bons groupes chez nous, certains sont vieux (ils ont splitté depuis): Union of Uranus, Shotmaker, One Eyed God Prophecy, Drift, Jonah, Ire, Black Hand, Okara, Left For Dead, Cursed, I spy, kittens, the Plan, North of America, S.T.R.E.E.T.S., sparkmarker, mi amore, chokehold.

Des groupes qui tournent encore aujourd’hui: Propagandhi, 3 inches of blood, Pride Tiger, KEN mode, Brutal Knights, Bison BC, fuck the facts,  Metz, Titan, Black Ships, Black Mountain…

18.  Quelle image perçois-tu de la scène musicale française? Des groupes français ont-ils attiré ton intention récemment?

Steve – Les groupes de la France qu’on aime ont surtout existé dans les années 90s. Je pense entre autre à Fingerprint et Jasmine, Ivich et Vanilla étaient également bons. Beaucoup des groupes canadiens que je t’ai listé sont français/québécois mais presque tous chantent en anglais. Mais de nos jours, je n’ai pas vraiment d’idées de ce qu’il se passe en France.

19.  Je crois avoir fait le tour des questions que je voulais te poser. Je tiens à nouveau à te remercier pour le temps que tu m’as accordé. Les derniers mots sont à toi…

Steve- Merci beaucoup pour tes questions, et je m’excuse pour mon français, je n’écris pas très bien. À la prochaine! (ndlr: à la prochaine vieux! On ira se boire quelques pintes lors de votre passage à Lyon…)


.caedes

Read more
0

CALLISTO

Biographie (2009)



Une bande de pote, Johannes Nygård (guitare), Ariel Björklund (batterie), Juho Niemelä (basse) et Markus Myllykangas (chant), décide d’arrêter le kitesurf et le beach volley (sports fréquents chez les jeunes finlandais) pour former un groupe de musique, principalement influencé par Zao, Breach, Isis et… oui, par Cult of Luna. Après des débuts prometteurs (leur single « DIY » Dying desire, disponible en téléchargement d‘ailleurs sur leur site internet), le groupe signe avec Fullsteam Records: le début d’une longue histoire d’amour. Le MCD Ordeal of the century sortira une première fois en novembre 2002 puis une seconde fois en septembre 2003, agrémenté cette fois-ci d‘un titre bonus/remixé, Dawning End. Les finlandais commencent alors à enchaîner les dates sur leur sol, notamment avec Entombed ou Total devastation, groupe avec lequel ils partageront la scène sur une mini-tournée.

2004 sera l’année pour Callisto ou les choses sérieuses commencent. Après la sortie en janvier du vinyl Jemima / Klimenko, le groupe sortira son premier full-length True Nature Unfolds au mois d’avril: même si très « nordiques », les retours sont plus qu’élogieux. Le groupe continue de tourner (des dates seront partagées avec Burst, Swallow The Sun, Dälek et Paradise Lost entre autre), ils partiront même à deux reprises en tournée: une première fois avec Cult of Luna et une seconde fois en Europe (une seule date sera donnée en France, à Lyon). Ce sera d’ailleurs sur la tournée avec Cult of Luna, pour la petite anecdote, que Johannes Persson (guitariste chez les suédois), sous le charme de ce premier full-length, mettra le groupe en contact « recommandé » avec Earache. Le label décidera alors de ressortir l’album l’année suivante, en mai 2005, avec un artwork différent et (surtout) une réelle distribution mondiale. C’est cette même année que Callisto, notoriété grandissante, partira en tournée en Angleterre en première partie de High on Fire, avant de participer à plusieurs festivals, notamment en Belgique (Sortie23 Festival) et aux Pays-Bas (Peacedog Festival).

Le groupe s’attellera alors à travailler sur le successeur de True Nature Unfolds. Retour chez Fullsteam Records, leur deuxième album, Noir, sort en mai 2006. Le cas Callisto commence alors à diviser, certains voient en eux un groupe locomotive de cette scène « post-hardcore », d’autres à l’inverse ne voient en eux qu’un pâle clone de Cult of Luna. Le groupe sera fréquemment sur les routes l’année suivante, en 2007. Partant à travers l’Europe, évitant soigneusement la France, le groupe traversera même l’Atlantique pour se produire aux Etats-Unis pour quelques dates.

À partir de 2008, jusqu’à la sortie de leur troisième album Providence, le groupe se fera bien plus discret, ne donnant qu’un seul concert exceptionnel en Estonie au Green Christmas Festival. Le line-up changera, avec l’arrivée de Jani Ala-Hukkala au chant, et donnera une tout autre atmosphère à la musique de Callisto. Leur troisième full-length, Providence, sortira début 2009 en version CD (via Fullsteam Records) et LP (via Svart Records, et limitée à 700 exemplaires), d’excellents artworks ayant été réalisé par Martin Kvamme. Victime une fois de plus d’une distribution limitée, le groupe partira en tournée à travers toute la Finlande et participera au (fameux) Tuska Open Air Metal Festival aux côtés de Neurosis, Gojira ou encore My Dying Bride.

.caedes

CHRONIQUE:
Read more
0

CALLISTO

Providence (2009)




Bon allez les gars, avouez-le… merde! C’est sans risque que je vous dis! C’est pas non plus comme si on était sur Metalorgie ou sur VS-Webzine… ça restera entre nous, évidemment. C’est pas comme si t’étais un « flocon de neige unique et merveilleux »… tout le monde fait ça! Putain mais merde, à force de tourner autour du pot, j’en ai le tournis maintenant! Download. Voilà, le mot est lâché. Tout le monde download les albums de Callisto, c’est bien connu… et c’est dans le cours des choses lorsqu’on connaît la distribution merdique des albums en question. Outre la réédition made in Earache, ou à moins que tu aimes payer ton skeud trois fois le prix qu’il en vaut grâce aux/à cause des frais de port, il est particulièrement difficile de se procurer les albums du groupe, et ce n’est pas leur troisième full-length, Providence, qui dérogera à la règle.

Un mal pour un bien en somme.

Si chez les fans du groupe il y avait eu une vague scission à la sortie de leur album Noir, les avis étant partagés… nul doute que Providence, quant à lui, risque tout bonnement de faire naître une faille sismique! On retiendra de Callisto, d’ici quelques années, une carrière composée d’un avant et d’un après « Jani Ala-Hukkala ». L’arrivée de cette énergumène derrière le micro a TOTALEMENT bouleversé la donne! Plus de 80% de voix claire, à vue/écoute d’oreille. Un chant mielleux, très mielleux… tellement mielleux que quand je l’écoutais dans le métro, j’en devenais presque à être quelque un de sympathique. Voyez, pas que je sois allergique à du « chant »… certains groupes, même si rares, s’en sortent très bien, notamment la formation allemande Ira ou les suisses d‘impure Wilhelmina. Mais là, nan! Ça fait beaucoup trop! Effet accentué par les compositions du groupe? Je l’accorde. On leur a continuellement reproché de copier sur leur voisins Cult of Luna (plus ou moins à juste titre d‘ailleurs) et ils en ont (finalement?) pris de la graine. Alors bien sur, tout ne s’est pas estompé avec ce Providence… des réminiscences cultofluniennes persistent (cf The Lude, interlude du Eternal Kingdom), c’est certain, mais ce n’est en rien comparable au nouveau maître des finlandais: OPETH. C’est album est une copie conforme du Damnation (2003) d’Opeth! C’est d’une telle flagrance que j’en reviens toujours pas d’ailleurs… Préférant toujours l’original à la copie, Callisto tombe dans le piège qu’Opeth avait soigneusement évité, à savoir… faire un album chiant (mes conduits auditifs ne s’étant mis en émoi qu’une seule fois tout au long de l’album, sur le milieu de « Stasis » ou ça peine difficilement à décoller… enfin), et par-dessus le marché, parfois risible (le début de « New Canaan », et son intro à la trompette très… Nestor Burma, voyez?). Concernant le son en lui-même, vous vous en doutez et comme à leur habitude, il est nickel: magnifiquement bien enregistré, mixé et masterisé, on ne peut, à moindre d’être de mauvaise foi, leur faire des reproches sur ce point.

Callisto a pris la fatidique décision de rendre sa musique beaucoup plus accessible et de ce côté-là d’ailleurs, ils sont loin d’en avoir le monopole (en vrac, les derniers Buried Inside, DEP, Isis et Pelican par exemple). Ce choix, qu’on qualifiera plein de bonté d’artistique, risque de mettre un sacré paquet de fans sur la capot. Je me suis demandé, concernant les finlandais, quelles pouvaient en être la cause. Réel désir d’orienter sa musique dans cette optique? Ou désir (besoin?) de toucher un plus vaste public, quitte à faire des compromis musicaux, mais qui permettrait au groupe d’enfin et réellement se faire connaître hors de leurs frontières? Je n’ai pas de réponse. On a malheureusement eu très peu de contact avec eux lorsqu’on a produit la première compilation Falling Down… les échanges de mails ne se faisant quasiment qu’avec leur label. Je ne les connais pas assez pour me prononcer sur leurs (réelles) motivations, mais la chose dont je suis sur, c’est qu’ils vont perdre beaucoup de fans avec cet album, moi le premier. Si le groupe, après ces deux premiers albums, même si bons, se devait d’évoluer, nul doute qu’à mes yeux, ils étaient capables de faire bien mieux que ce pauvre et triste ersatz de Providence.

Une sacrée déception en somme. Ce troisième full-length se devait d’être l’album de la maturité (True Nature Unfolds avait été enfanté par des musiciens ou la vingtaine avait été fraîchement franchis…) et au lieu de ça, on a le droit à un album fade, peu inspiré et déjà entendu. Ce style d’album appauvrit et démocratise (encore plus) ce style innommable qu’est le « post-hardcore » et ne donne, au final, qu’un peu plus raison aux détracteurs de cette musique. N’ayez pas confiance en la divine (et édulcorée) Providence… il y a déjà bien assez de groupes et d’albums de qualité à découvrir. Carton rouge Messieurs les Finlandais… vous feriez mieux de vous (re)mettre au beach-volley et au kite-surf.

Point important à mes yeux, le groupe a récemment annoncé que Providence était entré à la 23ème place du Top 40 Finlandais… et ce dès la première semaine.   

.caedes

BIOGRAPHIE:


Read more
0

IMPURE WILHELMINA

Live Report, Geneve (2009)




Premier concert en terre helvète de l’année 2009, cette soirée était prévue depuis de longue date. Alors malgré un passage obligatoire à la douane pour l’obtention du précieux sésame, c’est avec un plaisir non dissimulé qu’on prend la direction de la fameuse Usine genevoise qui, nous l‘espérons, est/sera/restera à l‘abri de toute délocalisation. Si 2008 restera, a priori, dans les livres d’histoire de nos marmots comme l’année ou tout a commencé, ou tout s’est terminé, le début d’une crise sans précédent (si seulement…), il n’en reste pas moins qu’un domaine n’a pas été touché, un domaine épargné inexplicablement: la musique… enfin plus précisément le Hard. À l’heure des bilans et autres référendums 2008, je commence « petit à petit à prendre l’exacte mesure de la réalité » sur cette année écoulée. Je pourrais me lancer dans une liste exhaustive reprenant, un par un, les albums phares de cette année passée, les meilleurs découvertes, les concerts les plus intenses, etc. Oui, je pourrais. Ou peut être, et disons… dans un souci de ne pas trop m’écarter de ce live report, je pourrais simplement rappelé que le dernier impure Wilhelmina, « Prayers and Arsons », est dans le peloton de tête des meilleurs sorties de cette année 2008, tout style confondu. Si, pour reprendre ce fameux bouquin d’histoire, « Des prières et des Incendies » ferait certes un très bon titre de chapitre sur le conflit israélo-palestinien, cette soirée fut également l’occasion de faire le vernissage, en règle, de ce quatrième album longtemps attendu. Entrée libre donc pour ce soir, et non pas prix libre!, ce qui attirera une foule conséquente, ne confirmant qu’un peu plus la renommée importante dont bénéficie impure Wilhelmina, bénéfices qui, nous tenons à le souligner, ont été, ici même, durement et légitimement gagné par d‘honnêtes musiciens.
Étonnamment, impure Wilhelmina a décidé d’être le seul groupe à fouler les planches ce soir. À la fois dommage (on ne crache jamais sur un concert d’Overmars (avec qui ils joueront au Romandie le mois suivant) ou de Knut, tout deux grands amis des genevois), mais aussi compréhensible quand on connaît le set qu’ils nous ont, soigneusement, concocté. Soigneusement dans le sens ou aucun cas d’indigestion n’a été à déplorer ce soir-là, le groupe ayant méticuleusement composé sa setlist qui, en durant presque 1h40 et étonnamment là encore, est passée… comme un mail à la messagerie.

Crève…

    Après avoir bavé comme ces vieux en maison de retraite devant le stand Division Records, et après avoir remarqué une hausse notable du prix de la bière, le groupe monte assez promptement sur scène, impatient d’en découdre. Aux aguets, deux choses m’interpelleront immédiatement: un cinquième musicien (!) est sur scène et… Michael (en mode barbu) et Mathias (qui s’est coupé les cheveux) ont changé de « look ». Véritable coup marketing dicté par un maléfique et obscur manager?! Objectif MTV non avoué? La question est posée. Quoi qu’il en soit, le nom du premier morceau de ce soir m’a échappé, allant même jusqu’à me demander si le groupe et ce véritable intrus n’avait pas composé une sorte d’intro pour ouvrir les hostilités. La formation continue/commence véritablement avec « Continental Breed » (ou « Shoegaze », comprendra qui pourra…), premier morceau du « Prayers and Arsons ». Bon morceau/moyen pour mettre la machine en route: on prend ses marques, et on évite le claquage. Après cette mise en jambe, c’est au tour de « Hide Your Anger, Give Your Mouth » (« Batman » (?!)) de résonner à l’Usine, qui n’est autre que… le deuxième morceau du « Prayers and arsons ». Est-ce à dire alors qu’on aura le droit à l’intégralité de l’album ce soir? Oui, impure Wilhelmina a décidé de jouer, d’un bout à l’autre, son dernier album en date. Inhabituel et atypique, ça montre/confirme que le groupe, avec ce line-up relativement récent, est fier de cet album, confiant et souhaite le mettre entièrement en exergue. Que ce soit sur le lancinant et entêtant « The End Within » (« Pti Doom » (!)) ou sur l’un des nouveaux hymnes du groupe, « As We Kneel », les genevois déploient petit à petit leur univers, le chant de Michael étant d’une justesse impressionnante, et ce d’un bout à l’autre de leur set. Je retiendrai, si je ne devais retenir, malgré tout, que deux moments forts de cette première partie de set, les hymnes que sont: « Cover Me With Kindness », pour son début céleste et angélique… avant que le ciel ne s’assombrisse et ne laisse place à un violent orage, et « Travel With The Night », morceau pouvant, avec sa rythmique, entraîner n’importe quel récalcitrant, même le plus endurci, avant de laisser place à une fin… indescriptible. Les mots me manquent pour (vous) la décrire, tellement la beauté et la mélancolie y sont exacerbée. Concernant cette fin justement, je tiens à souligner que l’ensemble de la rédaction de Falling Down, soit une bonne… « deuxaine » de personnes, l’avait justement et religieusement écouté la veille… avant de finir en larme. Cette même équipe était d’ailleurs arrivée à la conclusion suivante: impure Wilhelmina est pur. Juste magnifique. Le morceau « The Rope » sera également, et évidemment, très bien accueilli par le public, chacun chantonnant discrètement les premières paroles du morceau, tout en pensant secrètement à leur ex (pour les plus jeunes présents ce soir) ou à leur belle-mère (pour les plus vieux/irresponsables d‘entre eux). D’ailleurs, il me vient à l’esprit ces quelques mots:
« Un mari quelque peu volage,
le lendemain de son mariage,
tua sa femme à son réveil.
Moralité: la nuit souvent porte conseil. ».

Le pachydermique « Drift » (ou, on termine en beauté, « Fondu »…) terminera cette première partie du set excellemment, et clôturera en beauté ce « Prayers and Arsons ».

…et meurs…

    Seconde partie (donc dernière…) du concert et deuxième partie de la soirée (une « after party » ayant lieu après la prestation des genevois), le groupe, après avoir ingurgité ce qui semblait être une tek paf, et autres bières histoire de ressourcer les troupes, réattaque avec le morceau « January » issu du très bon, et je pèse mes mots, « L'amour, la mort, l'enfance perdue » mais en version… son claire/acoustique. Pas de distos pour cette fois-ci. Déstabilisant, même si intéressant. On repasse aux choses sérieuses, au Hard, avec le morceau « The Black Flame » cette fois-ci. Percutant, et mélodique avec son passage groovy, c’est un plaisir de (re)découvrir ce morceau en live. Le groupe continuera de se focaliser sur l’avant dernier album en date, en enchaînant le magnifique et posée « Seeds » et « Diaspora ». Ce sera l’occasion pour Thierry (le 5ème membre d’un soir) de remonter sur les planches et d’apporter ce petit plus aux compos. Sans aller jusqu’à dire qu’il leur a donné une nouvelle facette, cette collaboration s’est, finalement et sur cette deuxième partie du set, révélée intéressante et bien foutu (surtout lorsque l’on sait qu’ils n’ont répété pour cela qu’à 4/5 reprises tous ensemble!). Ce fut l’occasion aussi, comme je l’ai déjà abordé en exergue, de profiter pleinement des talents de Michael, et tout particulièrement sur « Seeds »: le chant clair y est excellent et émouvant, procurant de magnifiques émotions aux « efféminés auditeurs » que nous étions/sommes. Le dernier morceau de la soirée était inconnu à mes humbles conduits auditifs. Peut être était-ce « The Game I Don't Want To Play »? Possible. En tous les cas, c’était un vieux et long morceau, rarement joué par les helvètes. Le final, flashs stroboscopiques dans les mirettes, m’a permis, une fois de plus, de « prendre l’exacte mesure de la réalité »: ce fut un grand, très grand concert d’impure Wilhelmina, peut être même le meilleur qu’il m’ait été donné de voir!

…et met fin à tes jours.





    Les lumières se rallument, les pieds se posent à nouveau sur le parterre de l’Usine. Près d’une heure quarante de set, et pourtant… tout ceci est passé si vite: une saloperie de faille dans l’espace-temps?! Qui sait… Quelques minutes seulement après, le stand d’impure Wilhelmina se fait assaillir par une véritable horde de fans, chacun repartant avec sa/ses version(s) LP sous le bras, parfois même dédicacée par le groupe. Qu’on n’aille pas me dire après que la croissance économique est en berne… enfin, tout du moins, pas en Suisse, et encore moins à Berne. L’engouement est général, tout comme le sentiment d’avoir passé une excellente soirée. Les genevois ont confirmé, et reconfirmé, une fois de plus, encore et encore, le statut qui était le leur: un groupe à part, singulier, reconnaissable entre mille par ce sens de la composition, cet art de composer des mélodies emplies de mélancolie… Ça force le respect. L’heure tardive aidant, direction la France, des souvenirs plein la tête… et le cœur. Une chouette soirée en somme.  

Read more