''S'il est un homme en droit de haïr et de mépriser le monde, c'est bien moi, mon oeuvre respire à la fois la haine et le mépris que je lui porte, cela la met au rang des oeuvres ascétiques.'' Caraco.
''Nous sommes restés à présent tellement aveugles que nous aimons d'amour ceux qui persistent à nous égarer, nous leur pardonnerons toujours malgré leurs crimes et leurs fautes, nous adhérons toujours à leur enseignement absurde et nous marchons sous leur houlette comme s'ils fussent des bergers et nous, de méprisables animaux. Et pourtant ils nous conduiront au précipice, ces hommes infaillibles et que nous réputons divins, voilà des générations qu'ils se méprennent et nous nous refusons à le comprendre, nous leur sacrifions nos intérêts et jusqu'à notre honneur, nous leur immolerons bientôt notre avenir, l'Histoire connait peu de folies aussi prononcées.'' Caraco.
''A quoi bon désormais prêcher les sourds et désabuser les aveugles ? Les empêcherons-nous de persévérer dans le mouvement qui les emporte ? Nous allons droit à l'avenir le plus horrible, cet avenir préludera du jour au lendemain, nous nous y trouverons plongés sans même entendre ce qui nous arrive, il ne nous restera plus qu'à mourir désespérés en l'univers inhabitable. Les hommes se faisaient la guerre pour la possession du sol, ils s'entr'assommeront demain pour accéder à la possession de l'eau, quand l'air nous manquera, nous nous égorgerons afin de respirer au milieu des ruines.'' Caraco.
''Les animaux ne connaissent pas la misère, car ils ignorent la hiérarchie et l'exploitation, seul l'homme est capable de tant de mépris de soi. Toute la charité du monde ne fait qu'en souligner la misère, et la rend plus révoltante encore que l'absolue détresse. Devant la misère comme devant les ruines, nous déplorons une absence d'humanité. [...] La présence de la misère ici-bas compromet l'homme plus que tout, et fait comprendre que cet animal mégalomane est voué à une fin catastrophique. [...] L'injustice constitue l'essence de la vie sociale.'' Cioran.
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''Gnaw Their Tongues est sur le réel des choses dans ce monde. Pas de fiction, juste la véritable horreur.'' Mories.
''La plupart des personnes sont aveugles à ce qui se passe à l'intérieur de leur propre esprit ou à l'extérieur dans le monde. J'essaie de ne pas l'être. J'essaie de ne pas réprimer la pensé ni l'émotion.'' Mories.
''Je pense que le monde/les gens sont vraiment la merde et ma musique reflète cela. C'est conçu pour être affreux, oppressif, dépressif, beau dans toute sa dépravation, violent, hors de contrôle. Je suis sans cesse fasciné par la nature humaine et la façon dont la 'civilisation' s'écroule en quelques secondes.'' Mories.
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'Pour tous les esclaves... Une chanson de faux espoirs.' Le ton n'est-il là déjà pas donné ? Les illusions ne sont-elles déjà pas écrasées comme de vulgaires putains infiniment méprisables ? Mais alors que dire de l'album, la musique en elle même... Bien pire qu'un chemin de croix, c'est une insoutenable retranscription de la réalité, son créateur le dit lui-même, il s'inspire des gens, de ce qu'il voit, de ce qu'il se passe, de ce réel toujours plus indescriptible et insensé chaque jour qui passe. Alors forcément, si on prend le recul nécessaire pour exprimer des sentiments à l'égard de telles choses, on en arrive au paroxysme de la torture mentale, à l'accablement ultime de toute une civilisation. Alors qu'on remarque le goût prononcé pour le chaos, pour l'écroulement, de bien des groupes, à la fin de leur album ou de leurs chansons... Ici, c'est dès les premières seconde que la musique sonne comme un achèvement asphyxiant. Ca nous laisse alors entrevoir la suite...
Eprouvant, suffocant, laborieux, austère, violent, irrespirable, excessif, terrifiant, extrême... Gnaw Their Tongues est un supplice, une affliction, une amertume inégalée, une exécution. On ne peut pas en sortir indemne. Comme de ce monde, j'allais dire...
Pour atteindre les sommets, éteindre toutes lumières apparentes, s'allonger paisiblement, mettre son casque audio et être prêt à en découdre avec cette envolée foudroyante. S'en suit une vague apocalyptique, je ne saurais définir précisément ces pensées qui nous traversent l'esprit et ces ressentis tous plus insoutenables les uns que les autres:
.Le ciel bleu s'évapore lentement, au profit d'un noir intense, et ce n'est pas une pub pour nescafé. La terre tremble, je descends. Je me fait happer par un sol qui m'engloutit, la brume épaisse se rapproche de moi, les paysages disparaissent, l'air n'est plus, l'espace n'est qu'un vaste souvenir, et ce noir s'est définitivement retourné contre moi. Ca y est, je suis déjà mort. Moins de 5 minutes après les premières sonorités d'un espoir bien déchu... C'est étrange, l'au-delà...
.Mais pris dans une peur panique, on se réveille, l'obscure est toujours là, et on se promène d'un noir dense d'une vision larmoyante, à la découverte de notre monde. 'L'inconfortable silence entre les coups' ?! On se fait supplicier par une terrifiante armées de sonorités malveillantes et toutes plus intolérables, des cris qui feraient pâlir un cadavre, des détails bien placés qui feraient frissonner un éléphant, et des scènes de tortures entre quatre murs, du sang qui n'arrête pas de se déverser lentement jusqu'à épuisement des stocks.
.Et puis c'est tout à coup l'heure de recommencer, comme si tout cela ne suffisait pas, comme si on avait pas mériter notre mort, comme s'il en fallait encore plus... AAHHH. Agonisant. Regarder tomber. Evanoui. Criser. Le monde se détruit sous mes yeux, des scènes infernales et inadmissibles se produisent et reproduisent jusqu'à rager d'un sentiment encore jusque là jamais découvert et qui reste inconnu. Mélancoliquement frénétique. Passionné. La grêle de nucléaire naturelle chimique s'abat sur une ruine qui n'attendait que le déluge. Ainsi soit-il, crièrent-t-ils sous les ponts.
.Mais voilà que le désastre veut revenir se venger. Il fait froid. C'est putain de terrible. Le son glaçant laisse présager d'extrêmes machinations tout près. Mais tout ceci ne se finira pas sans finir tout ce qui puisse être fini. Je glisse, merde, j'ai plus pied ici. Je me noie, le chaos se rapproche, tu l'as fait provoquer. Alors je n'ai plus qu'à me laisser faire. Détendu, comme si j'avais pris du xanax ou autres anti-''dépresseurs'' fermant les yeux...
.Mais très vite, nous revenons dans le feu de l'action. Tout brûle autour, la pression se fait terrible, c'est bon, c'est là, c'est maintenant. Nos pires cauchemars de jeunes enfants surgirent en une réalité flagrante et affligeante. On adhère au saignement et à la disparition de toutes pensées, du soi, de tout. Enfin. Mais alors qu'on s'apprête patiemment à recevoir le coup de grâce final, le sang qui ne coule plus, l'assèchement ; on est maintenu sous une constriction, une poussée effroyable et fantastique. On regarde nos membres cérébraux se faire scier devant nous. Putain je savais que ce monde était à ce point tortionnaire et injuste, mais là... AAAH ! Putain Dieu, fils de pute.
.AAAH NOONN !! Pourquoi ?! Un cataclysme, une tornade m'emporte. Ais-je tant affabulé que ça ? Encore, encore, encore... Tout recommence, les mêmes choses, décuplé au centuple. Aucune chance de se tirer de là, aucune chance d'espérer tirer une moindre ficelle de partielle bleu. On est lacéré et tailladé. On est à eu pour notre argent, on a eu pour notre inhumanité, on en a eu pour nos pensées, on en a eu pour notre vie... C'est simple, il n'existe pas pire. Simplement... Ah putain j'entends encore l'autre salope crier pour un ongle mal vernis ! Je me noie, j'admire ces esclaves devenus squelettes. Je me repose. Je défile au milieu du chaos, au milieu de cette chère vie qui apporte tant et qui sert à rien, mais fait tout. Un dernier cri... Je l'aimais, pourtant.
Stay Hard.
Ainsi soit-il. Une telle décharge de violence n'est pas humaine, elle ne fait pas partie des fondamentaux exigés pour paraître ici bas, sur terre, mais il faut bien ce résigner au fait que les transformations subitent et ce désir sans cesse de marcher en avant, à la recherche d'un ultime matériel, ambitieux et dénaturé, foie religieuse d'un système et d'une société plongés dans l'excrément malsain, a fait d'une innocence un chemin de croix que même nos pires cauchemars n'ont jamais imaginé, car ils sont eux-aussi soumis au funeste sort de l'oubli et de la machination. Gnaw Their Tongues est ton miroir perdu.
Le martyre est fini et il n'y a maintenant plus d'issue. Gnaw Their Tongues coule au fond de tes yeux.
Il y a difficilement meilleur thérapie pour apercevoir tout le charme de la vie, ressusciter un semblant de lucidité, de réalisme, auxquels le monde aurait tant besoin, pour souffler, respirer...
''Car à tout prix il faut empêcher ceux qui ont trop bonne conscience de vivre et de mourir en paix.'' Cioran.